Thierry Vendôme : il faut être audacieux et oser aller toujours plus loin de l’inspiration à la main et à la matière!

En tant que joailliers professionnels nous sommes tous les laboratoires de recherche de notre profession. Bien sûr, on peut se tromper. Mais ce qui est important, c’est de pouvoir aller toujours plus loin dans l’innovation, dans les idées.

Les outils restent stables parce que ce sont nos mains et que nous sommes des artisans. Et comme nous faisons des bijoux, la compétition technique est au service de l’esthétisme. On ne vend pas des grammes d’or et des carats de pierres. On vend des formes et de l’esthétisme c’est-à-dire de la beauté.

J’aimerai faire reconnaitre la force créatrice de la joaillerie : j’ai grandi au milieu de la joaillerie contemporaine entre mon père Jean Vendôme et ses amis comme Henri Gargat , Pascal Morabito,  Viviana Torun.

Je me souviens d’avoir tenu le stand de mon père au Bijorhca au Grand Palais ou au SAD (Salon Des Artistes Décorateurs créé et organisé dès 1904 par la Société des Artistes Décorateurs née en 1901 et contemporaine de l’ouverture du Musée des Arts Décoratifs de Paris). J’ai été très marqué par l’aménagement des stands très futuristes pour l’époque : les bijoux flottaient dans l’air dans des immenses bulles en plastique. Le monde du design était en pleine expansion et en pleine élaboration dans les tissus, les matériaux, la mode, le mobilier, l’architecture, les arts décoratifs… C’était des artisans doublés d’artistes qui, avec sincérité, et créativité, avaient la conviction qu’il fallait tout remettre à plat. La joaillerie, quant à elle, devait sortir de la corbeille aux oiseaux et s’adapter aux gens de la rue. Les joailliers avaient une grande force créatrice, ils ne se copiaient pas et innovaient. Leurs recherches portaient sur les formes comme sur les matériaux. La particularité de mon père Jean Vendôme c’était les minéraux et les cristaux naturels et bruts. Du côté de la forme, on lui doit la bague ouverte et la bague carrée.

J’ai conservé cette attirance pour les matières particulières (le bois, la corne, la rouille…) et du point de vue de la forme, ma favorite est la Torque qui enserre le cou et pour laquelle il y a toujours un challenge antagoniste entre la recherche du volumineux et la nécessité du léger. Je me mets toujours au défi de créer des bijoux monumentaux, solides et légers.

Je travaille directement la matière, sans cire. Le travail traditionnel ne veux pas dire vieille façon de faire, ni vieux bijoux. L’engouement pour la 3D est un faux problème envisagé d’un angle tronqué. Rien ne remplace la main et l’artisanat. La technique moderne, donc la 3D, permet de faire des choses différentes. Mais si on ne comprend pas le geste, si on n’apprend pas la main, on ne peut pas créer.

La technologie est un prolongement de la main, pour aller plus loin, dans l’infiniment petit par exemple, ce n’est pas une finalité en soi. Si cela doit servir à compter les grammes d’or, à économiser ça n’a pas d’intérêt.

Mes inspirations sont multiples et éclectiques. La mer est bien sûr très présente. Les collections qu’elle m’inspire me permettent de jouer avec l’extraordinaire beauté des opales, notamment les brutes, qui expriment d’infinis paysages tellement parfaits !

Aujourd’hui mes thèmes de prédilection sont la diagonale, le plissé, les racines, et bien sûr la rouille.

La diagonale permet de voir autrement le bijou sur la personne. La difficulté est de respecter les règles de construction avec un travail de symétrie ou de déstructuration des proportions pour trouver une nouvelle harmonie.

Le plissé permet de travailler les effets mat ou brillant, d’alléger par effet d’optique.

Les racines, que j’ai tout simplement ramassées, m’ont inspirées pour une nouvelle collection. L’intelligence de la nature a créé des modèles légers et résistants avec des formes très complexes. C’est l’expression la plus aboutie de l’esthétique du désordre.

Le damas est un cadeau de la vie. Un coutelier qui travaillait la technique du damas est venu me voir et me dire qu’il avait envie de créer quelque chose avec moi. L’histoire de l’acier de Damas est singulière. Plusieurs sources se disputent son origine : certaines, -francophones- pensent qu’il est d’origine iranienne et que son nom fait référence à l’étoffe du même aspect moiré que les célèbres étoffes de cette ville. Cet acier servait à faire les armes blanches très utilisées en Égypte et en Syrie jusqu’à l’époque Mamelouke. La particularité de cet acier est qu’il alterne des couches d’acier à la fois hypoeutectoïde et hypereutectoïde (pauvre ou forte en carbone). Le talent du forgeron consiste alors à mélanger les différentes zones du wootz (le lingot façonné avec cet acier), pour lisser la teneur en carbone. J’ai créé une collection avec ce matériau si particulier. Les bijoux ainsi créés héritent d’un double artisanat : la damasserie et la joaillerie.

Mon apport ce sont mes recherches sur la rouille. Pour marquer mon opposition à la conception de vendre des grammes d’or, j’ai voulu exploiter des matériaux considérés comme sales et moches et combattre l’idée que la joaillerie c’est faire du cher avec des matériaux chers et rares.

Ça fait 20 ans que je travaille ce sujet comme un « fil rouge » dans mes collections. En fait la rouille est saine, elle tient dans le temps, elle n’évolue pas et en plus elle protège l’objet qu’elle recouvre lui donnant ainsi une nouvelle immortalité. Après tout, une des forces du bijou c’est qu’il vous survit !

Bien sûr pour réussir cet amalgame entre la recherche esthétique et technique et le besoin commercial il faut être son maître. Etre libre de son temps comme de ses idées est aujourd’hui un luxe. Les joailliers, à l’époque de mon père étaient très soutenus par la De Beers qui créait des événements monumentaux diffusés en direct dans les émissions de radios nationales et par le Word Gold Council. Ces organismes finançaient des expositions internationales et montraient au monde entier ce que la création française faisait du bijou. Mon père a représenté la France. Alors aujourd’hui, on trouve ses bijoux dans les musées du monde entier. Les joailliers étaient plus que des artisans, ils étaient plus que des artistes, ils étaient des stars !

Mon père avait une routine très rodée : le matin c’était l’établi et le soir le dessin. Moi je dessine partout et notamment dans le bus pour pouvoir, quand je rentre, me consacrer à mes enfants qui ont respectivement 1 et 3 ans. J’ai toujours mon carnet à dessin sur moi.

Je crée à partir d’une pierre, d’une forme ou d’un matériau. Soudain il y a une esthétique qui nait de cette association. Et la différence des matériaux rend une dynamique à la miniaturisation nécessaire du bijou, ce qui redonne toute sa puissance à  l’objet. Joaillier, c’est le plus beau des métiers !

Aller voir :

Thierry Vendôme

39 Rue François Miron, 75004 Paris

Téléphone : 01 42 71 01 61

site : www.thierryvendome.com

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