Frédéric Mané : mon calice du XIXe siècle éclaire mon inspiration et mes créations

J’aime les calices, j’en ai toute une collection. Quand je dois créer, j’ai mon cérémonial : je choisis certains calices, les dispose autour de ma table de travail et mets des bougies dedans ce qui génère à la fois une lumière dorée très particulière, très douce et une atmosphère intime et propice à me concentrer. J’obtiens alors un clair-obscur qui, comme dans les peintures orientalistes comporte une partie éclairée fortement qui écrase un peu le sujet, assorti d’une ombre qui donne de la vie.

J’apprivoise ainsi la lumière qui entre alors en résonance avec ma façon de travailler car je cherche toujours un équilibre entre le yin et le yang, les matières et les formes, les gemmes entre elles et leurs couleurs.  Il y a toujours une cohérence entre la coexistence de la pluie et du soleil, de la glace et du feu. Souvent, quand j’imagine des collections, je joue des compléments : les pleins et les déliés, le vide et le volume, comme le corps d’une femme alterne la courbe et l’angle. Comme dans ce calice en particulier qui préside à  toutes mes créations : c’est pour cela qu’il est si singulier et précieux, c’est mon bijou fétiche.

Il est d’époque Napoléon III. La forme est une coupe pure mais très sculptée,  le bol est arrondi mais les anses sont anguleuses, tout ces opposés se complètent dans une belle harmonie. Son usage premier lui donne une spiritualité que J’aime également donner à mes créations. En effet, un calice est un symbole en soi. C’est une coupe. On peut y voir le Graal qui incarne le sacré avec les valeurs de défi à relever et de quêtes dans lesquelles on s’engage. Comme un processus de création. La coupe signifie aussi le partage et la convivialité.  Ma grand-mère avait une pâtisserie : elle m’a transmis le plaisir de la convivialité, du partage autour de la table puis elle a ouvert un magasin de jouets et j’ai grandi dans ce décor ludique où les couleurs sont magiques. C’est un univers gourmand que je transmets dans les bijoux que je dessine. C’est aussi pourquoi J’aime que les pierres aient des tailles différentes. J’ai ainsi voulu que la collection Galapagos réalisée pour la Maison Mathon ait des pierres justes polies ce qui fait penser à des bonbons.

La bague Galactica, elle, avec sa pierre centrale entièrement facettée fait référence aux iceberg mais des icebergs dont la transparence d’un bleu pur les rendent gentils et mignons comme des crèmes glacées et non comme le bleu froid tranchant des couteaux géants briseurs de Titanic. J’aimerai retailler les gemmes : cela redonne aux pierres toute leur symbolique et leur pouvoir, … une certaine idée des pierres fines et précieuses.

Ce calice comporte le monogramme « M », comme mon nom Mané mais aussi comme Marie ou Maria, la Mère, notre maman qui est notre déesse pour chacun d’entre nous quelque soit notre religion. Ici il y a la fête des mères, au Portugal on célèbre la Vierge, mais au fond c’est toujours  la même façon de célébrer celle qui nous a créés, celle qui incarne l’amour inconditionnel. Sinon ce « M » ce pourrait être  pour « Miam » : je sais, je suis gourmet. Mon calice comporte un décor de feuille de vignes : c’est la coupe de Bacchus ! Ce qui fait sens car j’ai grandi devant des vignes : mon grand-père avait construit une tour face à la mer et aux vignes.

Donner à ce calice concomitamment les symboliques du Graal, de Marie et de Bacchus est une évidence et une recherche. D’abord l’art du XIXe siècle, dont mon calice est originaire, est très  mélangé. En cela je suis fidèle à son inspiration. Oser le grand écart stylistique, ne pas s’enfermer dans une époque, c’est ce qui m’a pousser à  ouvrir mon propre atelier de création. Je remercierai toujours Mathon de m’avoir fait confiance, de m’avoir accueilli et tout appris de la joaillerie. Mais après 6 ans, j’avais envie de créer des bijoux dont les inspirations se mélangent. D’ailleurs quand je donne mes cours de dessin, je demande aux étudiants de me donner le meilleur d’eux-mêmes, je montre un chemin puis les laisse s’exprimer et trouver eux aussi leur style personnel.

Il y a toujours plusieurs lectures dans mes bijoux.

Par exemple ce collier « Déesse Scorpion » s’inspire de la déesse Selkis (appellée aussi Serket, Selqit ou Selket), une divinité bienveillante qui protège les Hommes du venin des serpents, scorpions et autres animaux aux piqûres dangereuses. Elle est guérisseuse par l’intermédiaire de ses prêtres qui sont à la fois charmeurs et magiciens. Elle est celle qui fait respirer. Comme elle combat les symptômes de l’étouffement dû au venin, elle laisse passer le souffle divin, c’est pour cela que mon premier bijou de cette inspiration est posé sur la gorge, là  où le souffle passe. Elle symbolise la chaleur torride du soleil, et comme le soleil en Égypte est le dieu, elle est une des 4 déesses qui protège le vase Canope et le sarcophage du pharaon. C’est pour cela que j’ai choisi des pierres de la couleur du soleil rouge et orange qui dansent sur le cou de la femme et reflètent les rayons du soleil. Selkis, enfin, donne la vie car elle aide la reine à mettre au monde l’enfant divin. Dans mon collier le scorpion relie la tête aux épaules comme un axe d’énergie entre le ciel et la terre, entre la pensée et la matière, entre le sacré et l’humanité.

Par ailleurs, Selkis est représentée avec un scorpion sur la tête mais les spécialistes pensent que c’est un scorpion d’eau appelé « Nèpe » qui est la contrepartie positive de son homonyme du désert : il ne pique pas et est doté d’un appendice qui lui permet de respirer à la surface de l’eau. Ce qui n’empêche pas Selkis d’envoyer ses scorpions protéger Isis. Du coup j’ai dessiné des pinces très présentes mais en pierre de lune taillée à façon, une matière très féminine. D’un blanc laiteux, ses reflets bleus argentés, donnent l’impression de glisser à la surface de la pierre comme la lune sur un lac (on appelle ce phénomène optique l’adularescence). La pierre de Lune est associée dans toutes les cultures au principe féminin, et porte plusieurs symboles : l’amour maternel et la fertilité, la lumière contre l’obscurité…. En Occident, au Moyen Age, on assurait que les couples d’amants pouvaient avoir une vision de leur avenir s’ils plaçaient une pierre de Lune dans leur bouche…

Le collier est un choker, sa forme a été inventée pour cacher les marques que le temps inflige si indélicatement à la peau fragile du cou des femmes. Les perles qui le constituent font référence à ce féminin éternel et la chaîne perlée  ainsi créée peut symboliser les fils des Parques, ces déesses grecques  avec Clotho  qui fabrique le fil de la vie, Lachésis qui le déroule et Atropos qui le coupe. Je relie tous ces contes et mythes dans mes créations car ils parle de l’humain et nous rendent plus curieux. C’est pourquoi mes créations sont composites. Et depuis 14 ans les joailliers parisiens ou signatures internationales adorent ce design contemporain. Ce qui ne m’empêche pas d’être très précis. Le joaillier qui prend mon dessin a une représentation parfaitement à l’échelle (je peins à l’échelle 1), le nombre exact des pierres et leur dimension, je dessine tous les détails y compris les systèmes d’attaches et de suspension des pierres.

Choisir le scorpion, c’est comme un talisman c’est-à-dire dire une arme de séduction. Je donne aux femmes des armes pour qu’elles augmentent leur pouvoir de séduction et guide les hommes vers plus de paix et de partage.

J’ai réalisé un deuxième projet sur cette inspiration.

Ce « Roi scorpion » est un clip-broche. Il fait pendant au collier et raconte la filiation légendaire puisque Selkis est à la fois la mère de Nehet-Kaon, le dieu serpent dont la puissance invincible protégeait l’Egypte et par ailleurs, la Dame de Vie qui préside à la naissance du petit Horus et permet ainsi la pérennité des générations futures.

Quelques autres merveilles :

 Le cheval de feu

 Nayade

Frédéric Mané est un homme raffiné dans la vie et dans ses manières. Nous avions rendez-vous et j’avais 3 minutes d’avance. Après notre rencontre, je me suis aperçue que je m’étais mélangée les horaires dans mon agenda, résultat : 27 minutes de retard dont cet homme, avec une grande élégance, ne m’a même jamais parlé. Je m’en veux encore….

Pour le rencontrer :

www.fredericmane.com

Frédéric Mané design studio : 34, rue des Bourdonnais (Hôtel de Villeroy ) 75001 Paris – Exclusivement sur RDV. mail : contact@fredericmane.com

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