Caterina Murino : sauver l’art joaillier Sarde

Caterina Murino est actrice donc artiste et passionnée. Et une autre de ses passions est de défendre la Sardaigne son pays natal. C’est par la joaillerie qu’elle a choisi de le faire.

A travers sa collection de bijoux, elle montre le travail particulier du filigrane (du latin filum, fil, et granum, grain). Si le mot provient de l’orfèvrerie, l’origine date du IVe siècle av. J.-C entre grecs et étrusques.

L’art du filigrane

Le filigrane se compose de minces fils de métal, en or ou en argent, torsadés ou pas, soudés sur une plaque de métal ou entre eux et laissant des jours, des espaces vides qui évoque un effet de « broderie ». L’orfèvrerie étrusque y mêle la technique de la granulation.

La Sardaigne (Regione Autònoma de Sardigna), située au milieu de la mer Méditerranée occidentale, entourée de l’Italie, la Corse, la Tunisie et l’Algérie, a ainsi conservé des rapports commerciaux et culturels de sa position centrale depuis l’Antiquité les techniques du filigrane dans nombre de ses bijoux traditionnels.

Cet artisanat joaillier se serait développé dans l’île à partir du XVII siècle et l’argent y était privilégié grâce à la présence de gisements miniers argentifères importants (aujourd’hui inactifs).

Bijoux sardes, bijoux des fées

Les bijoux sardes sont liés aux costumes traditionnels et empreints de symbolisme. On raconte que des fées, dans leurs maisons enchantées (Domus de Janas) tissaient des étoffes brodés avec des fils d’or et d’argent et incrustés de pierres précieuses, et que l’art du filigrane en découle…

Caterina Murino est elle aussi une bonne fée : les bénéfices de sa bague Fili Di Vento qui ressemble à l’alliance sarde traditionnelle (par laquelle elle épouse la cause des femmes) sont reversés à l’Association pour la médecine et la recherche en Afrique (AMREF) dont elle est l’Ambassadrice.

Dans le costume traditionnel chaque bijou a une signification : les boucles d’oreilles, les broches qui fixe le voile, les boutons en filigrane que les femmes portent sur leur poitrine et qui symbolisent la fertilité et les diverses chaînes…

Les symboles des bijoux sardes

La chaîne « Sa Gancera »  ferme la veste, « Cannacca » se dit pour les nombreuses chaînes de cou à épingler aussi sur la poitrine, « Su Lasu » est le pendentif central en 3 pendants séparables offert par la mère du futur marié dont la première partie « Froccu » symbolise la fertilité, la partie centrale « Gioia » la confiance dans la gestion de la maison, la troisième partie « Dominu » exprime la maîtrise de la gestion de la maîtresse de maison. Ce qui explique surement l’amour de Caterina pour les chaînes.

Le corail est un talisman

Le Corail est  aussi typique de la joaillerie sarde. En Sardaigne, comme dans de nombreux pays méditerranéens, il est un symbole fort. Dans le catalogue de la collection d’amulettes du Museo del Traje à Madrid, la conservateur Mª Antonia Herradón Figueroa, explique que le corail est souvent utilisé comme talisman car on pense qu’il éloigne les peurs et le mauvais œil.

C’est pourquoi les jeunes enfants reçoivent très tôt un pendentif, un charms de ce matériau. On ne doit d’ailleurs jamais l’acheter pour soi car la fortune ne s’achète pas, il faut se le faire offrir.

Il faut aussi qu’il soit très rouge afin que, très visible, il devienne ainsi la cible du mauvais sort protégeant ainsi son porteur.

En Sardaigne le corail est de l’espèce « Corallium Rubrum » à l’intense couleur rouge vif, Caterina a choisi la plus belle de cette variété pour faire réaliser ses bijoux dont le matériau est strictement surveillé.

Notamment le collier « Festa de la Nime » dont la façon est typique du savoir-faire sarde et de leur respect de l’environnement : il est constitué d’une infinité de petites perles dont l’assemblage sur un fil souple donne l’illusion des branches de corail, maximise l’emploi de la matière et ajoute une grande souplesse de portage.

La Sardaigne est restée très sauvage dans des vastes régions avec une faune et une flore très variées, endémique, quelque fois prophylactiques (l’université de Cagliari, a mis en évidence 65 espèces végétales ayant des propriétés médicales) et souvent hautement symboliques.

La myrte : cadeau de Dionysos et symbole d’Aphrodite

Ainsi le myrte, utilisé en cuisine pour parfumer le gibier ou pour composer la liqueur Murta, (les baies ont un goût proche de celui du genièvre et les feuilles de celui du romarin. Les feuilles prises en infusion ont des propriétés astringentes et digestives) revêt également plusieurs significations symboliques.

Dans la Grèce antique, les initiés aux mystères de Dionysos couronnaient leur front de myrte. En effet, pour faire relâcher sa mère des Enfers, Dionysos devait donner quelque chose en échange, une chose à laquelle il tenait beaucoup. Le dieu céda alors le myrte, une de ses plantes favorites.

Le myrte était aussi porté par les prêtresses et les mystes (candidats à l’initiation) dans le temple de Déméter et Perséphone lors des mystères d’Éleusis (culte agraire).

Il était également la plante sacrée d’Aphrodite.

Sous l’empire Romain, il devient alors un des symboles de la déesse Vénus. La muse Érato (dont le nom signifie «désiré» ou «aimable» et dérive de la même racine qu’Eros) est souvent représentée avec une couronne de myrte et de roses…

Pas étonnant que la baie du myrte ait inspiré Caterina pour la bague « Fili di acqua », baie qu’elle relie avec une chaine à un anneau de filigrane. Condensée de symbole, cette bague fine et légère est également graphique et ludique.

Les boucles d’oreilles asymétriques, elles aussi directement inspirés du myrte m’avaient interpellées dans une exposition précédente.

Caterina les avaient voulus ainsi car : « l’imperfection et le chaos apparent rendent la perfection et l’ordre dans la nature comme notre visage et notre corps asymétriques ». Cette pièce n’est pas à la Galerie Elsa Vanier, il faudra les demander directement à Caterina.

On l’a bien compris, Caterina Murino, Sarde, s’inspire de ses origines pour nous faire redécouvrir le filigrane. Fière du savoir-faire sarde, elle a le projet, en développant ses bijoux, de recréer une demande autour de cette technique, susceptible de développer le besoin de joailliers spécialisés, permettant aux jeunes de reprendre la succession de leurs pères et aux anciens de transmettre leur secrets joailliers. A terme, elle souhaite créer une école et sauver ainsi l’artisanat joaillier, Sarde bien sûr !

Aussi pour initier ce cercle vertueux, l’exposition « L’Hiver en filigrane » présentée chez Elsa Vanier montre ces merveilles… en filigrane.

Exposition l’Hiver en Filigrane à la Galerie Elsa Vanier, du 24 novembre au 30 décembre 2017,

7 rue de l’Odéon, PARIS 6ème.

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