Salon « Un Bijou pour Noël » : tous héritiers de Jean Vendôme ?

Le salon « Un bijou pour Noël » rendra hommage à Jean Vendôme. Son fils, le joaillier Thierry Vendôme, réalise une conférence en sa mémoire (s’inscrire). Une exposition spéciale de pièces uniques, dessins, photos formera un parcours au sein du salon « Un bijou pour Noël » en partenariat avec la Maison de vente aux enchères Millon. (D’ailleurs à l’occasion de sa vente de décembre, accompagné de la spécialiste bijoux Charlotte Wannebroucq, d’Esprit Joaillerie, la maison Millonprésentera un impressionnant collier Jean Vendôme).

« Un bijou pour Noël » qui ouvrira ses portes le 17 novembre fête ses 4 ans, l’âge de la maturité pour un salon le changement de dénomination en est la preuve. L’appellation « Mes créateurs joailliers » soulignait la valeur créative des joailliers que l’ont y rencontrait, une fois l’habitude acquise, il s’agit maintenant d’appuyer le développement commercial nécessaire au déploiement du secteur et des joailliers.

Un salon est un lieu d’échange, entre les créateurs, entre les joailliers et leur public, entre le savoir-faire français et celle d’autres rivages.

Jean Vendôme avait bien mesuré ces enjeux. Dès 1966 il expose au SAD (Salon Des Artistes Décorateurs créé et organisé dès 1904 par la Société des Artistes Décorateurs née en 1901 et contemporaine de l’ouverture du Musée des Arts Décoratifs de Paris. Dans les années 70, il va enchainer les expositions Tokyo, New York, Montréal, Italie, Munich, Johannesburg,…. Il fera le tour du monde pour défendre la création française, l’innovation de la joaillerie Française en plus du savoir-faire joaillier.

Car l’enjeu pour les artisans joailliers est double : se faire reconnaître pour sa nationalité, sa spécialité, sa créativité et asseoir ainsi une image qualitative nationale, afin de se faire connaître pour son originalité et sa marque et permettre ainsi une vie économique sans laquelle la poursuite du travail créatif n’est pas possible. Dans cet objectif concourir à des Prix et compétition diverses, avec tout ce que cela comporte d’investissements en temps, en énergie et en ressources, est nécessaire… et périlleux (économiquement, nerveusement, comme en termes d’organisation). Jean Vendôme a gagné de nombreuses récompenses, ce qui a contribué à rendre ses œuvres désirables aux yeux de nombreux musées de part le monde. Il avait aussi un style reconnaissable, en plus d’être résolument contemporain (ce qui a l’époque équivalait à révolutionnaire°

Directement dans cette lignée, Christine Escher, exposante de la première heure du salon « Un bijou pour Noël », commence par gagner le prestigieux Diamond International Award organisé par la De Beers en 1998 en présentant une bague en ébène et en diamants. Il faut bien se souvenir que l’alliance de matériaux considérés comme non précieux au sens traditionnel avec de l’or et des pierres précieuses étaient presque perçu comme sacrilège. Jean Vendôme a beaucoup œuvré dans ce sens en utilisant des pierres dures ou fines, en montant des pierres brutes, des ammonites, … En juxtaposant le bois et les diamants Christine Escher était parfaitement dans cette vague. Discrète (encore un point commun avec Jean Vendôme), elle a développé une joaillerie parfaitement identifiable par sa thématique marine illustrée par des pierres dont elle sélectionne la rareté en termes de couleurs ou de qualités gemmologiques.

Aujourd’hui, Claire Escher poursuit avec sa mère la spécificité de la Maison à l’étoile de mer et présente ici une bague en or jaune sertie d’une rare tourmaline orange de Madagascar avec un pavage de saphirs orange, de diamants bruns et blancs.

 Egalement une bague en or blanc sertie d’une cyanite d’une taille exceptionnelle de 45 carats avec entourage diamants.

Dans la même veine, Patrice Fabre, avec par ailleurs tout un tas de récompense, est lui aussi lauréat du Diamond International Award mais…2fois : en 1990 pour un bracelet « sculpture » inspiré l‘architecture contemporaine et en 1996 pour un bracelet spirale entièrement pavée de 954 diamants. Il a marqué sa génération avec deux collections particulièrement remarquées : « Béton » une ligne incomparable en béton armé d´or et « Telluric » une ligne pour homme en diamants bruts. Bien entendu il développe aussi des collections féminines comme ici une citrine avec des diamants bruns.

Jean Vendôme s’est passionné pour les pierres étranges, les juxtapositions osées.

Voici par exemple un pendentif avec un quartz brut monté sur or et serti de diamants. Parfaitement iconoclaste à l’époque et aujourd’hui si actuel…

Nathalie Bonnemaille a aussi cette passion des pierres « bizarres », voici une agate dendrite en collier ou une bague sertie d’une aigue marine brute.

Elle cherche toujours à se dépasser, vient d’obtenir le titre de Maître artisan en métier d’art et se souvient avec émotion du Prix du Public Euro Gemm 2008 qu’elle a reçu des mains du Président du jury : Jean Vendôme !

Depuis, elle approfondit ses recherches sur la matière en relation avec le sens de la vie terrestre en créant ce collier en météorite brut, enchâssée par une autre météorite striée par son passage à l’acide qui représente un lien terre-ciel/temporel-spirituel. Le collier en moldavite, pierre de l’énergie, définit une symbiose du ciel et de la terre puisqu’elle résulte d’un contact entre une météorite et la terre. Elle utilise aussi le bois fossilisé dans cette poursuite de la relation du matériau à la terre….

Muriel de la Maison Beigbeder apprécie également les couleurs, les matières, les perles et les pierres, précieuses ou fines, délaissées ou adulées, car chacune est une histoire. Ici cette bague quartz à dumortiérite montre ses givres comme un jardin galactique.

www.photographe-book-paris.com

Cétanne présente, par sa créatrice Anne Bourat Goldschmid, ses bijoux faits en France dont les pierres enchantent par leur nom comme par le regard.  L’aventurine réchauffe l’onyx dans un mélange très art-déco, les camaïeus de verts se conjuguent entre la chrysoprase, l’amazonite et le jade, la tendresse irradie du quartz rose et de l’aigue marine et le violine est émis par le jade turque serti de rubis.

Julie Genet présente une prasiolite d’un vert tendre entourée de grenats démantoïdes (une vraie poésie fantasmagorique que ces noms là !). Une autre bague présente une boule de turquoise verte à faire rouler sur le doigt sertie de grenats tsavorites et diamants noirs.

Sandrine Huet utilise la fluorite au colorie délicat de vert ou de mauve, ou du quartz à inclusion dans des pendentifs aux noms évocateurs de L’Eclaircie, Rayonnante ou Ma Petite Jungle !

Marie-Caroline Lagache, pour sa marque Tiber, affectionne elle aussi les pierres fines et les gemmes aux teintes éclatantes. Ici deux bagues en grenats spessartites et stavorites dont la taille et la juxtaposition magnifient les couleurs.

Le joaillier Jean Vendôme était un créateur, un artiste et un artisan perpétuellement en recherche (le légendaire Compact).

Aujourd’hui, Marc Alexandre, Maître artisan d’Art est aussi un poète de la main (cf la bague Nymphéas), passionné d’opales comme le montre cette bague cygne.

Avec Aube Cambon, le travail du métal précieux fait vivre les différentes textures de l’or et révèle la beauté des gemmes lumineuses.

Chez Sanlys la collection soie d’or allie la tradition de la joaillerie à celle du tissage de soie : logique pour un lyonnais. D’autre bijou comme cette bague avec perle sont le produits de recherche sur l’équilibre

Véronique Lagache en créant Soligems fait partager ses recherches en matière de couleurs. (En plus d’une conscience sociétale très avant-gardiste car elle reverse une partie du prix des bijoux vendus chaque année à des associations).

Pour Jean Vendôme, la recherche sur les formes était un volet très important de son travail la bague Chaise ou Cheville ou encore le collier fleur d’améthyste.cravate fleur amethystejean vendôme1/3

Aujourd’hui, Marina Cabanel aime travailler sur les symétries ou à partir des formes des matériaux comme cette perle baroque qui devient un nuage Noël.

MW Paris montre des bijoux néo-symbolique en assimilant les grands mythes et des cultures anciennes de l’Orient et de l’Occident  témoin de l’univers créatif international et mystique de sa créatrice Thu-Thao Le Thi. Comme le collier SilmChim ou l’ear cuff Dragopegasus.

404 Place Vendôme personnalise par les 2 associés qui compose la Marque, l’alliance du savoir-faire traditionnel joaillier (3e génération) avec les nouvelles technologies pour une joaillerie d’avant-garde, métaux certifiés RJC (Responsible Jewellery Council) et traçabilité des pierres.

Pendant toute sa carrière Jean Vendôme a montré un savoir-faire en perpétuel innovation et la volonté de casser les codes comme pour cette bague en or et diamant portable également en pendentif.

Aujourd’hui, la Manufacture Bianchi montre ainsi un savoir-faire en mouvement. L’Entreprise du Patrimoine Vivant, Produit Moselle Passion est d’abord de tradition joaillière. Alexandre, le fils, décide de prendre le virage de la joaillerie. Le résultat, magnifique, se voit ici avec une bague sertie de diamants et d’un saphir…vert !

La marque Worms se fonde dans une volonté de créer une nouvelle image du bijou-perle en thésaurisant sur un patrimoine de savoir-faire perlier depuis 1900. Jérôme Rambaud (qui représente la 4e génération)  frappé par l’engouement des jeunes pour les cadenas d’amour, a imaginé un cadenas en forme de « U » qui non seulement scelle l’amour des couples mais en plus le protège comme les U de sécurité des deux roues. Il s’associe avec la marque « Les interchangeables » l’incontournable marque en matière de bracelet élastique. Ainsi née une collection de perles modernes : Urbaine.

Enfin, il fallait bien l’aura visionnaire de Jean Vendôme ainsi qu’un petit parfum de révolution pour que Myrtille Mousson, crée le salon « Mes Créateurs joailliers » (pour lequel j’ai eu le plaisir de travailler en 2015) devenu cette année « Un bijou pour Noël ».

Car enfin, que reste-t-il aujourd’hui en France pour ouvrir les portes de la joaillerie au grand public ? Première Classe, 25 ans, est organisé par Comexposium et Bijorhca, 82 ans, organisé par Reed Expo sont à destination des professionnels. La Biennale des Antiquaires est inabordable pour les joailliers indépendants. (D’ailleurs il n’y a même plus de ministère pour l’artisanat !).

Toutes les initiatives susceptibles de porter haut les couleurs du savoir-faire joaillier français sont privées : L’École des Arts JoailliersParcours Bijoux,… Elles sont le fruit d’un travail énorme et engagé. Il faut bien de la ténacité et le sens de l’aventure pour se lancer aujourd’hui dans la création d’un salon indépendant, recevant des marques à dimension humaine, à destination d’un public amoureux mais quelque fois timide.

Je souhaite que l’esprit de Jean Vendôme veille sur tous ceux qui sont aujourd’hui ses héritiers : bien sûr ses fils Thierry et Raphaël, tous les joailliers qui réinventent chaque jour la joaillerie française et tous ceux qui comme Myrtille Mousson permettent qu’on les découvre.

17 au 20 novembre 2017

L’entrée 5 euros/personne/jour et gratuite pour les moins de 16 ans.

Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale

4 place Saint Germain-des-Près 75006 Paris

www.unbijoupournoel.fr

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