Sous le sapin : 5 métiers d’art pour des bijoux d’exception

Dans quelques heures, vous ouvrirez vos cadeaux. Peut être savez-vous déjà quel est ce témoignage d’amour -qui est déjà un bijou en soi- contenu dans votre paquet si joliment emballé, ou pas… Je vous souhaite qu’il soit issu de l’artisanat des métiers d’art parce que ce sera ainsi une pièce unique. Voici, objets de désir, de la dentelle d’or, de la verrerie associée à la joaillerie contemporaine, des bijoux de porcelaine, de la marqueterie de paille et des joyaux de la création textile : des pièces d’exception… comme vous !

Dentellière sur or : Sara Bran

Un jour Sara Bran a décidé de devenir dentellière sur or, intrinsèquement, car ce métier en temps que tel n’existait pas. Elle était sculpteur, puis joaillière, bref elle aime sentir la matière. Elle travaille de façon traditionnelle pour un bijou de qualité : perçage du métal, découpe à la scie bocfil, polissage, sertissage,… Ce qui est remarquable est évidemment le choix de la dentelle. Car les découpes se comptent en milliers sur certains modèles.

La dentelle, textile est, déjà, un matériau de luxe, une matière qui fait rêver. La dentellière de Vermeer rappelle que cette passion dentellière commence au XVIe siècle. A l’aiguille ou au fuseau, la dentelle est d’abord un dessin, puis la construction d’un fil de structure sur laquelle s’entrelace (d’ailleurs la dentelle se dit « lace » dans la langue de Shakespeare) d’autres fils qui forment les motifs. Elle nécessite, art, méticulosité, virtuosité, ténacité…toutes qualités nécessaires aussi pour la dentelle sur or.

Pour ses premières dentelle sur or Sara, après de nombreuses recherche, réinterprétait des dentelles existantes : Point Colbert, Point d’Alençon, Tulle brodé…

Comme elle excelle dans ce domaine qu’elle s’est choisie elle obtient de nombreuses distinctions de 2010 où la Fondation Bettencourt Schueller la nomme Finaliste du prix pour l’Intelligence de la Main à 2015 où elle est Lauréate du Talent de la Rareté des Talents du Luxe 2015 du Centre du Luxe et de la Création Paris.

En 2016, c’est sa bague Blue Gold Hearts, qui est présentée dans l’ouvrage « Tanzanite, Born From Lightning » de Didier Brodbeck, Icaro Carlos et Hayley Henning.

Aujourd’hui, Sara Bran crée ses propres motifs : la précision de sa découpe, la délicatesse de ses sertis (diamants et pierres fines), l’élégance de son registre ornemental sont sa signature.

Bien sûr, les grandes marques de joaillerie travaillent avec elle, mais Sara Bran aime créer également des pièces (manchettes, collier-collerette, broche, bague,…), pour une clientèle privée et connaisseuse.

Joaillerie contemporaine et verrerie d’art : Amélie Viaene et Michi Suzuki

En peu de temps Amélie Viaene est devenue une artiste joaillière incontournable de la joaillerie contemporaine. Ses créations se caractérisent à la fois par des lignes d’une grande pureté, par un fini aux arrondis très organique, par un choix de pierre ou perle exigeant et iconoclaste (perle facettées, pierre taillée en pain de sucre,…). Mais surtout, Amélie, en recherche permanente sur le bijou et son porté se positionne dans l’optique d’un rapport au corps –comme à l’objet- repensé. Cela donne des bijoux-sculptures dont on ne peut se lasser comme le cœur qui se porte autant en bague qu’en pendentif et dont elle vient de sortir ce mois ci le bracelet, qui complète la parure mais garde la liberté de porté et d’adaptation.

Mon coeur

Ou encore le modèle Rokia, lui aussi pendentif ou bague un doigt ou bague pour 2 doigts. Ce modèle (que j’adore) est surement son modèle iconique, Amélie a présenté la version joaillière diamantée lors de son pop-up store annuel et rituel à la Galerie Vivienne début décembre.

Lauréate 2016 du Grand Prix de la Création de la Ville de Paris, catégorie métiers d’art confirmé (cf la vidéo) elle a été sélectionnée pour représenter l’artisanat féminin français lors des Crafts Women Symposium. Lauréate 2017 de la Fondation d’Entreprise Banque Populaire, et a reçu le label « Fabriqué à Paris » récemment décerné par la Mairie de Paris.

Elle rencontre Michi Suzuki, se passionne pour son travail et décide de créer un bijou né de leur savoir-faire mis en commun.

Michi Suzuki est une artiste emblématique en ce qui concerne la perle de collection. Japonaise, installée en France, elle fusionne les cultures comme les bâtons de verre pour créer du bout de son chalumeau des perles uniques. Déjà en 2009, un livre lui était dédié « Perles d’art, Michi Suzuki » édité par revue de la Céramique et du verre Editions. Pour Amélie, Michi a créé des disques de perles spécifiques.

Le modèle Kiku est né de leur collaboration. Amélie a créé un chrysanthème en or blanc, jaune ou rodié noir (les Japonais ont fait de cette fleur leur symbole national et célèbrent chaque année le « Festival du bonheur », où le chrysanthème est à l’honneur). Le porté est comme toujours très travaillé : les pétales de la fleur forment autant de bélières pour choisir l’angle de suspension, la couleur du disque de verre central peut être assortie aux couleurs des pierres qui ornent le dos du chrysanthème, aussi le bijou est-il aussi beau côté pile que côté face et peut être porté suivant l’humeur sur une face ou l’autre.

Céramiste d’art : Claire Marfisi

Claire Marfisi crée des bijoux en grès et en porcelaine. Cette fin d’année boucle ses 10 ans de créations bijoutières car elle a commencé en 2007 après avoir fait ses classes dans la restauration de céramiques anciennes à la sortie de l’École Nationale Supérieure des Arts appliqués et des Métiers d’Art Olivier de Serres.

Argile cuite, la céramique désigne à la fois le matériau comme les techniques. Les archéologues, en retrouvant les vestiges de céramiques, peuvent imaginer le mode de vie de nos ancêtres. En Chine, les tous premiers exemplaires de terres cuites datent de plus de 6000 ans avant J.C. Depuis ce temps les innovations techniques et stylistiques ne cessent de se produire.

On comprend la passion de Claire Marfisi !

Pour ses bijoux, Claire a commencé à travailler le grès puis a choisi la porcelaine. Introduite en Occident au XVIIIe siècle, le siècle des Lumières, la porcelaine, est dure et translucide.

Ce qui donne visuellement un fini très fin mais également un impact sonore. En effet, Claire crée des maillons, surtout carrés, et compose ses pièces comme un textile de porcelaine dont les éléments tintinnabulent avec le mouvement. Claire porte ses recherches sur la mobilité du matériau, sa symbiose avec le corps, mais aussi sur les couleurs. Ses bijoux sont uniques, très féminins et tellement différents !

Marqueterie de paille : Lucie Richard

Après une licence d’art plastique, Lucie Richard décide de retourner à la matière et s’inscrit en Brevet des Métiers d’Art.

Elle hésite entre ébénisterie et bijouterie et se décide pour le bois. Lors de sa formation elle découvre la marqueterie de paille : coup de foudre. Après avoir été à son apogée au XVIIe siècle, cette technique disparaît jusque dans les années 1920 avec les décorateurs André Groult et Jean-Michel Franck avant de sombrer dans l’oubli.

Qu’importe, Lucie entre en stage chez Lison de Caunes, La spécialiste de cet artisanat d’art pour lequel l’INMA (Institut National des Métiers d’Art) estime à moins d’une dizaine le nombre de professionnels spécialisés dont l’activité est presque exclusivement dédiée à la marqueterie de paille.

Elle se décide à créer sa marque parce qu’un ami lui demande de fabriquer pour sa compagne le même bijou que celui qu’elle venait de se créer… pour voir !

Finalement ce sera ébénisterie ET bijouterie.

Pour réaliser un bijou, Lucie ouvre chaque brin de paille (provenance : la Bourgogne) puis l’écrase afin d’obtenir un ruban végétal et le colle sur un morceau de bois jusqu’à composer, brin après brin, suivant sa brillance, le motif choisi. Sa plus grosse pièce s’appelle collier 26 et comporte autant de pièces… que ses années. La broche Pan représente un moineau, le collier cosmos peut s’imaginer dans de nombreux coloris. Chaque bijou est aussi léger…qu’une paille.

Artiste textile : Isabelle Léourier

Isabelle Léourier s’est formée au stylisme, au modélisme, à la bijouterie comme à la sculpture. C’est d’abord sa rigueur (nœuds bien nets, volumes maitrisés,…) qui attire les commandes des grands noms de la couture : Valentino, Jean-Louis Scherrer, Christian Lacroix, Stéphane Rolland. Le Fashion Post appelle Backstage Girl, la parurière Haute Couture !

Elle décroche tout un tas de distinctions : du 1er Prix, Chapeaux de Star des 3 Quartiers en 1993 à sa nomination en 2014 au Grand Prix de la Ville de Paris. Puis au gré des salons (Révélations, O’Day Dubaï, Première vision,…) et expositions collectives (6e triennale du bijou contemporain-Mons-Belgique-France-Suède, Empreintes-Ateliers d’Art de France, Maison Parisienne-Maison Azouline-Londres,…) elle affirme son style tout en contraste, en poésie et en démesure.

Si le matériau de base est textile, Isabelle Léourier recherche toujours à le conjuguer avec des matières inattendue : crin déstructuré, tulle de soie, perles de verre ou de bois, paillettes anciennes, nacre, plume, cocons,…

Ses formes sont caractéristiques : des coulées végétales, des feuilles-parasol, des enroulements démesurément aériens. Un mélange d’inspirations paradoxales : naturiste et japonisante, fantastique et sobre, binaire et luxuriant.

Les bijoux d’Isabelle Léourier sont si parfaitement étranges, qu’ils en sont intemporels et totalement addictifs. Ses bijoux de tête le sont tout autant : un soir de Noël on peut tout porter !

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