10 jours pour découvrir l’art du dessin joaillier de Chaumet !

Chaumet nous fait le bonheur d’ouvrir au public pendant quelques jours son patrimoine graphique à travers 2 expositions : « l’art du dessin, imaginer, créer » au cœur du 27e Salon du dessin (du 21 au 26 mars) et
« L’art du Trait » dans les salons Chaumet (du 24 au 30 mars).

Ces expositions sont exceptionnelles à plusieurs titres. Tout d’abord, la richesse du fond patrimonial : depuis 1780, le Cabinet d’Art Graphique de la Maison compte 80 000 dessins dont 38 sont exposés au Salon du dessin.

Par ailleurs, certaines archives sont propriété de l’Etat car « l’histoire de la Maison est étroitement liée avec l’histoire de la France » explique Guillaume Robic, le directeur du patrimoine de Chaumet.

On comprend alors pourquoi la thématique du diadème a été choisie pour l’exposition au Salon du Dessin : Chaumet a créé les couronnes de 2 des 3 impératrices de France ! Joaillier attitré de Napoléon 1er, François-Régnault Nitot était donc le créateur des joyaux de l’Etat. Napoléon lui commanda des bijoux et parures pour Marie-Louise après Joséphine (montrant ainsi plus de constance à son joaillier qu’à ses épouses).

Ainsi, datant de 1811, est exposé le dessin à moitié du bandeau turquoise et brillant fait pour Marie-Louise de Habsbourg-Lorraine, fille de l’Empereur François Ier d’Autriche et impératrice des Français.

Plus ancien encore, un projet de diadème aux cornes d’abondance date de 1810 et comme l’explique Guillaume Robic « comporte déjà tous les codes de la maison : la corne d’abondance et les épis de blé font référence à Cérès, la déesse romaine de la moisson et par extension de la fécondité ». Elle est souvent représentée par la statue d’une grande et belle femme blonde avec une couronne de blés, une corne d’abondance et un épi de blé dans la main.

La collection Chaumet a gardé cette couronne (or, argent et diamants) créée pour Marie-Louise avec des épis de blé par François-Régnault Nitot.

Par ailleurs, le poinçon de son père, Marie-Etienne Nitot fondateur de la Maison, comporte déjà le blé dans sa composition. Le Blé est réinterprété régulièrement, comme cette bague « L’Epi de Blé de Chaumet » en or et diamants, réalisée en série limitée à 40 exemplaires.

« Ce dessin montre aussi des myosotis car dans le langage des fleurs, offrir un bouquet de myosotis à l’être aimé, signifier lui donner un amour profond et sincère. Ils sont associés aux roseaux qui expriment -puisqu’ils ploient sans se rompre- la constance du sentiment éprouvé. Quant aux feuilles de vigne : elles disent « je suis ivre de vous. ». Bien entendu le carquois et les flèches symbolisent Cupidon, fils de Vénus, dieu de l’amour. Ce vocabulaire amoureux est intrinsèquement celui de la Maison ». Ainsi en 1900, les roseaux sont le thème de ce projet de diadème naturiste.

Exposer au Salon du Dessin implique de montrer les techniques différentes du trait joaillier explique Michaël Lepage, archiviste de la Maison : outre les préférences de supports des différents artistes Chaumet, l’utilisation d’un support calque par exemple permet de présenter le même bijou avec des pierres différentes. Une esquisse au crayon donne une idée du bijou alors que la gouache constitue pour le joaillier une maquette grandeur nature qui indique même la forme et la calibre des pierres du bijou ». Par exemple dans ce projet de  serre-cou transformable en diadème, on peut voir la différence entre le dessin préparatoire et le projet dans l’utilisation des matériaux (crayon graphite, gouache blanche et lavis) et dans le choix des supports : papier brun ou carte teintée noire (1905).

Personnellement, j’ai adoré le croquis surprenant d’un dragon motif d’aigrette (plume et encre noire, lavis d’encre grise sur papier teinté crème, 1880-1990), et le dessin préparatoire pour diadème de 2 serpents affrontés autour d’une émeraude à la plume et encre noire, trace de crayon graphite et lavis de gouache sur papier crème (1890-1900).

Les qualités artistiques et la maitrise technique sont impressionnantes dans ce Projet d’aigrette aubépine au crayon graphite, plume et encre brune, gouache, lavis brun et rehauts, gomme arabique sur carte teintée brun (1910).

Le projet de diadème le plus récent est celui réalisé vers 1940 pour Gertrude Vanderbilt, figure emblématique des milliardaires New-yorkaise à la Belle-époque.

Un mur de diadèmes en maillechort (alliage de cuivre, nickel et zinc, utilisé pour sa souplesse et son aspect semblable à l’argent) donne une vision 3D qui permet de comprendre le passage du dessin à la maquette.

Par ailleurs, Chaumet a initié un partenariat avec l’École des Beaux-Arts de Paris dont sont été issus bon nombre de dessinateurs Maison : autour d’un appel à projet, les étudiants sont invités à figurer l’influence de l’architecture dans la création de bijou. Prolongeant cette thématique, je suis impatiente de découvrir dans les salons Chaumet les dessins joailliers choisis autour du thème de l’architecture et des arts décoratifs comme source d’inspiration de la joaillerie. Voici un aperçu des merveilles à découvrir.

« l’art du dessin, imaginer, créer » au 27e Salon du dessin (du 21 au 26 mars) au Palais Brogniart.

« L’art du Trait » dans les salons Chaumet (du 24 au 30 mars) entrée libre sur réservation

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