Nicolas Luchsinger : ce nécessaire Panthère incarne la substance de la collection du Prince et de la Princesse Sadruddin Aga Khan

A l’occasion de l’exposition de l’Ecole des Arts Joailliers “Objet précieux art deco”, je propose à Nicolas Luchsinger, Director of the Heritage Collection chez Van Cleef & Arpels, de désigner sa pièce préférée parmi l’extraordinaire collection que le prince Sadruddin Aga Khan a constitué pour son épouse la princesse Catherine et qui est présentée pour la première fois en France. L’exercice l’amuse mais il s’y prête avec beaucoup de sérieux et de sincérité. Ce jour là il est accompagné de son jeune fils et pendant la minute de réflexion qu’il s’accorde, le petit bonhomme, comme moi-même retenons notre souffle…C’est sur ce nécessaire Cartier que ce porte son choix et voilà pourquoi…

Bien entendu ce nécessaire est comme la cinquantaine de pièces présentées, une véritable splendeur, magnifique représentation du raffinement de l’art déco comme de l’excellence de la création joaillière parisienne des années 1920-1930. En or et platine, il évoque un paysage de nacre dont l’inspiration chinoise se cristallise dans le dessin des nuages et le choix des de l’arbre en fleurs formées de turquoises cabochon. Les bordures typiques du graphisme art déco comme le dessous sont constitués de barres d’onyx alternées de nacre rehaussées de diamants. La parfaite maitrise du savoir-faire joaillier se manifeste par l’attention porté aux moindres détails comme le montre son fermoir caché dans un oiseau chanteur en pierres précieuses.

La panthère émaillée bleu foncé qui se promène souplement sur une rangée de rubis suiffés calibrés est alors précurseur en 1925 de celle que dessinera Jeanne Toussaint pour magnifier le saphir de 152,35 carats de Wallis Simpson en 1948, et qui deviendra l’icône de cartier après avoir incarné aussi bien l’amoureuse de Louis Cartier que la duchesse de Windsor.

 Cette dimension amoureuse est constitutive de cette collection : c’est un soir de Noël que le prince Sadruddin Aga Khan offrit à sa deuxième épouse la princesse Catherine une boite à bijoux Cartier des années 30, puis à chaque occasion grands ou petite de lui rappeler son amour il lui offrit ainsi des objets précieux art déco : poudriers, minaudières, étuis à cigarette des grandes maisons de joaillerie parisienne créant ainsi la collection de 116 pièces dont 46 sont ainsi présentées par l’Ecole des Art Joailliers à Paris après avoir été exposées en 2017 au Cooper-Hewitt, Smithsonian Design Museum de New York.

L’inspiration chinoise du décor de la boite, le dessin de la panthère qui exprime l’Afrique rêvée par l’Europe –véritable engouement des années 20-30 exprimé notamment par la Croisière Noire d’André Citroën- assorties au savoir-faire joaillier français incarne également le multi culturisme de la collection qui met en lumière les influences chinoises, japonaises, perses et  européennes de l’Art Déco.

Influence chinoises :

Influences japonaises :

Influence perses :

Influences européennes :

 Cette multiplicité des origines correspond à celle de l’auteur de la collection : le prince Sadruddin Aga Khan. Né le 17 janvier 1933, oncle de l’actuel Aga Khan, frère du play boy qui épousa Rita Hayworth,  il était le fils de l’Aga Khan III et d’Andrée Carron sa mère d’origine française, époux de Nina Sheila Dyer mannequin anglo-indien puis de Catherine Aleya Berikketti Sursock d’origine grecque. Son appartenance à une famille princière lui donna une haute idée de ses responsabilités envers la protection des personnes (il fut haut commissaires des Nations Unies pour les Réfugiés de 1965 à 1977) comme de la nature et de la culture (il créa avec Catherine la fondation Bellerive en 1977 pour préserver les sites menacés : monuments, forêts, paysages,…). Il mourut le 12 mai 2003 laissant la princesse Catherine après 31 années de bonheur et d’amour.

Enfin, l’ultime symbole de ce nécessaire est le glamour. Ces objets inanimés ont une âme féminine, raffinée et aventureuse. Car dans ces années 20, seules les femmes modernes fument ou se maquillent.

 Cet objet précieux contient donc un miroir intégré, un flacon de parfum, un étui de rouge à lèvres et un compartiment avec couvercle pour la poudre. On imagine la gestuelle sensuelle que les femmes utilisaient pour se repoudrer le nez tout en espionnant à travers le miroir le regard de l’homme espéré, ou la langueur avec laquelle elle prenait une cigarette et la glissait entre leur lèvres pour laisser à l’homme le temps de leur offrir du feu. Ces boites raffinées se posaient sur le bar ou sur la table. Magnifiques et uniques, elles rendent si négligé le geste que l’on réalise maintenant en posant notre téléphone portable.

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