Le papillon de Suzanne Belperron prend son envol chez Aguttes

C’est une pièce emblématique que la Maison de ventes Aguttes présente lors de sa vente « Bijoux & Perles fines » de ce mercredi 27 juin : un papillon de 13,5 cm caractéristique de l’œuvre de Suzanne Belperron.

On l’a dit irrévérencieuse, au mieux avant-gardiste et c’est ce qui touche particulièrement Philippe Dupré la Tour, Responsable de la vente Aguttes, car Suzanne Belperron, que l’on ne cesse de découvrir en ce moment, est une figure de la joaillerie.

C’est une femme libre : née en 1900, Suzanne qui s’appelle alors Vuillerme décroche pour ses 18 ans le premier prix du concours des Arts décoratifs de l’École des beaux-arts de Besançon, couronnement de ses études de « décoration de l’horlogerie et de la bijouterie ». Pour ses 19 ans, elle est embauchée à Paris comme modéliste-dessinatrice1 par Jeanne Boivin (veuve de René Boivin et sœur de Paul Poiret). A 23 ans, elle en est nommée codirectrice. A 24 ans elle épouse un ingénieur : Jean Belperron et devient Suzanne Belperron l’artiste joaillière.

C’est une entrepreneuse : elle refuse que ses dessins soit anonymes alors en 1932, elle quitte Boivin et devient directrice artistique et technique de la maison Bernard Herz, avant d’en prendre la direction en novembre 1940 juste avant la déportation des Herz. Quand le fils, Jean Herz revient des camps de concentration, ils fonderont ensemble Jean Herz-Suzanne Belperron SARL (pour son action de résistante elle aura la légion d’honneur). Après sa liquidation en 1975, elle crée en son nom et pour une clientèle très privée qu’elle reçoit chez elle (précurseur du marketing du luxe : rareté, esthétisme et source de désir …).

Suzanne Belperron, Copyright Olivier Baroin

C’est une pionnière : dès son arrivée elle créé des bijoux très en volume inspirés du monde floral ou marin alors que les années folles aiment la géométrie et l’épure. Elle associe les pierres de couleurs différentes alors que l’époque ne jure que par les pierres précieuses. Elle mêle les matières : cristal de roche, calcédoine cornaline alors que les créations usuelles sont serties de diamants. Elle utilise un or « jaune d’or » fort en titre (22 carats), dépoli ou martelé qu’elle qualifie « d’or vierge » alors que les élégantes ne portent que du platine. Elle n’assortit pas les pierres, mixte des cabochons de tailles inégales et les sertis à la limite du bijou presqu’en dehors et crée une irrégularité de forme qui donne une harmonie spontanée bien différente de la symétrie de l’Art déco. Enfin, elle ne reproduit jamais deux pièces à l’identique. Le papillon de la vente est donc une pièce unique en or jaune 18k (750) et platine (950). Les deux ailes supérieures sont serties de cabochons d’émeraudes dans un pavage de diamants, les ailes inférieures serties de lignes de diamants baguettes et d’émeraudes calibrées, le corps et les antennes rehaussés de brillants.

C’est une signature : elle refuse que ses dessins soit anonymes mais ne signera jamais ses pièces. Chaque Maison qui l’accueille ou qu’elle fonde devient l’emblème de l’avant-gardisme grâce à ses créations si particulières et si reconnaissables. Comme l’atelier Groëné et Darde est son fabricant exclusif, les pièces pourront être identifiées. Ainsi en est-il de ce papillon présenté à la vente Aguttes. Il est articulé par des rotules qui permettent de choisir le déploiement des ailes. Olivier Baroin, l’expert Suzanne Belperron, se plaît à imaginer un langage dans le mouvement choisi des ailes. Imaginons que la femme qui le portait avait créé un code : les ailes refermées, le papillon se posait comme sa détentrice, les ailes déployées pouvaient signifier l’envie de décoller d’un lieu devenu ennuyeux…Suzanne Belperron disait : « mon style est ma signature ». On imagine très bien ce papillon spectaculaire de 13,5 cm et 98.7 grammes signer la tenue d’une élégante par sa seule présence … perché sur une épaule, câlin sur une hanche ou carrément coquin au creux d’un dos nu.

C’est en 1987, que le nom de Suzanne Belperron refait surface lors de vente des bijoux de la duchesse de Windsor chez Sotheby’s, à Londres. Aujourd’hui, les bijoux de Suzanne Belperron restent difficiles à trouver soit parce que les collectionneurs les gardent précieusement soit parce que leur propriétaires ignorent détenir un bijou Belperron. Aussi les enchères grimpent et les prix s’envolent : et c’est ce que nous souhaitons à ce papillon lors de la vente Aguttes de ce prochain mercredi 27 juin !

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