L’histoire des joailliers Lacloche est une saga ressuscitée

La saga des Lacloche est intense, brillante, tragique et oubliée ! Grace à Francis Lacloche, Laurence Mouillefarine, Véronique Ristelhueber et l’Ecole des Arts Joailliers, l’histoire des joailliers Lacloche est une saga ressuscitée. En 1890, Léopold ouvre la première bijouterie à Bruxelles. En 1967, Jacques (le fils de Jacques) ferme la joaillerie de la Place Vendôme pour se lancer dans l’édition de design. Entre ces deux dates la joaillerie Lacloche a rayonné auprès des élégantes et des têtes couronnées à Paris, Nice, Cannes, mais aussi à Madrid, Buenos Aires, Londres. Après ? Rien. Plus d’archives. 

Laurence Mouillefarine, commissaire scientifique de l’exposition « Lacloche Joaillers , 1892-1967 », co-auteur du livre « Lacloche joailliers »

Francis Lacloche a souhaité retrouver son histoire et faire connaître cette épopée de la joaillerie française qui épouse étroitement l’histoire de l’époque qu’elle traverse, XIXe-XXe : les fondements de notre société contemporaine. Il s’adresse à Laurence Mouillefarine (journaliste, spécialiste du marché de l’art) et Véronique Ristelhueber (documentaliste et iconographe, archiviste de la maison Cartier), qui avaient déjà réussi à retrouver les archives d’un joaillier méconnu et publié “Raymond Templier, le bijou moderne”. Après 3 ans de recherches intenses, parfois décourageantes, toujours passionnées et avec le soutien de l’Ecole des Arts Joailliers, l’ouvrage “Lacloche joailliers” voit le jour assorti d’une exposition unique.

affiche Lacloche Joaillier, Ecole des arts Joailliers

Hendricks Lacloche (né vers le milieu du XIX, mort en 1970) est vendeur ambulant à Liège puis marchand de tissus à Bruxelles, la fibre commerciale dont fera preuve ses fils vient certainement de lui. Mais c’est à leur mère qui se remarie avec un joaillier que les Lacloche doivent leur introduction dans le monde de la joaillerie.En plus des 4 fils, les lacloque ont aussi 2 filles dont nous ne savons rien.

Lacloche, organigramme falilial

1992-1967, Lacloche  : une brève histoire joaillière

1992, Léopold et Jules installent la joaillerie Lacloche à Paris rue de Chateaudun. 1895, Fernand et Jacques ouvrent la joaillerie Lacloche au palais Equitativa à Madrid. 1998, associé au joaillier Gompers situé place Vendôme, ils bénéficient de succursales dans tous les lieux où la belle société s’amuse et achète : Trouville, Nice, Monaco, Aix-les-Bains, Ostende. 1900, Jacques meurt brutalement d’un accident de train. 1901, Lacloche ouvre au 15 rue de la Paix à Paris et 1904, à Londres sur New Bond Street. 1923, ils arrivent à Deauville. En 1924, ce sera Cannes. En 1925, ils rayonnent à l’exposition Universelle. En 1931, c’est la faillite… pour dettes de jeu ! C’est en 1936 que Jacques (2e génération) relance l’affaire à Cannes, au Carlton où il loue une vitrine. Il investit Paris et s’installe place Vendôme. A nouveau la clientèle prestigieuse afflue (le Prince de Monaco par exemple). Visionnaire, il est le premier joaillier à lancer un parfum, puis se passionne tellement pour l’art contemporain qu’il ferme la joaillerie. Il est doué et les modèles qu’il édite deviendront mythiques mais la joaillerie n’existe plus.

Faune et Flore joaillière chez Lacloche

Inspiration typique des années 1900, la faune et la faune sont parfaitement maîtrisée par les lacloche. Voici une boite en forme de hibou estimée vers 1905. Symbole ancien, il redevient moderne à cette époque et souligne l’oiseau de nuit un peu étrange que l’on voit dans la femme moderne de l’époque. Cette boîte en or se pare de rubis, diamants et chrysobéryl oeil-de-chat (Liang Yi Museum). 

boite en forma de hibou, Lacloche

Le poudrier serait de 1910. En or, saphirs et diamants il est précurseur de la Belle Époque par son asymétrie du graphisme floral (Liang Yi Museum) .

poudrier, Lacloche 1910

La Belle Époque Lacloche

Ce pendentif (or, platine, perles et diamants,1908) en cristal de roche délicatement sculpté encadrant une miniature peinte sur albâtre est au verso une montre de dame dont le cadran est recouvert d’une améthyste à facette (Patrimoine Vacheron Constantin). N’oublions pas qu’en ce temps, une dame n’était pas sensée se soucier de l’heure. Ne travaillant pas elle arrivait quand elle était prête et en compagnie d’un monsieur ne pouvait pas trouver le temps long. La mesure du temps lui restait donc accessoire.

pendentif Lacloche, montre de dame

1925, le rayonnement Lacloche

 La Café society impose son goût cosmopolite en art, en culture, en joaillerie. Les Lacloche savent surfer sur cette vague. Ils sont particulièrement célèbrent pour leur nécessaire : ces boites à maquillage précieuses que chaque femme veut uniques et inspirées des aventures de l’époque : le goût pour l’orientalisme depuis que Howard Carter à découvert le tombeau de Toutankhamon, les inspirations chinoise et japonaise que les européens transfèrent dans un graphisme rêvé plutôt qu’exact. Ces jolis objets nous paraissent désuets mais soutenaient pourtant un geste révolutionnaire : les femmes osaient se maquiller et qui plus est en public !

Voici un nécessaire orientaliste en or, émail et diamants signé lacloche Frères London qui cache une inscription “David 1935” (Liang Yi Museum).

nécessaire Lacloche, 1925

Autre nécessaire d’inspiration japonisante en ambre, onyx, or, émail, diamants, améthyste et perle vers 1925 (Liang Yi Museum).

nécessaire Lacloche, ambre

1925, Lacloche décroche le Grand Prix de l’Exposition Universelle

1925 est l’année de l’exposition universelle qui pour la première fois rassemblent au Grand palais tous les joailliers dans un même espace et les installent au côté de la haute couture. L’alliance de la joaillerie et de la mode date de cet événement. Pour la première fois également le nom des ateliers est revendiqué au côté des marques donneurs d’ordre. Comme toutes les Maisons, Lacloque travaille avec nombre d’ateliers parisiens (Rubel Frères, Pery, Lenfant, Langlois, Dumont,…) qui par leur créativité propulse le goût français au pinacle. Dans les catalogues de l’exposition se trouvent les pièces inspirées des fables de La Fontaine (ça ne s’était jamais fait !) qui ont obtenu aux Lacloche le Grand Prix.

archive, Lacloche, exposition universelle

Le style des pendulettes montrent bien le début de l’Art déco qui commence à cette exposition. Fabrication de l’Atelier Verger, elle compose un paysage par leur composition : onyx, lapis-lazuli, jade, émail, nacre, ambre et bien sûr diamants.

Le dessin de ce devant de corsage annonce le souci de l’épure qui interviendra dans les arts.

dessin de devant de corsage Lacloche

Enfin, la beauté et la technicité de ce bracelet exposé lors de cette exposition universelle de 1925 explique l’engouement dont bénéficiait les joailliers Lacloche : serti millegrain des diamants, rubis en cabochon suiffés (taillé en cabochon au-dessus et facettée en dessous), monture ouverte et articulée,…

bracelet Lacloche, 1925

1930 : Lacloche et le Grand Silence Blanc

En rupture avec la mode précédente, le blanc envahit la joaillerie de 1930 : platine, cristal de roche, diamants. La taille baguette est créée. L’effet : un brillant immaculé que l’on appelle le “Grand Silence Blanc”. 

Voici un imposant bracelet manchette en platine et diamants (courtesy Stephen Russell, New York).

bracelet manchette, Lacloche 1930

Un bracelet articulé (courtesy of wartski, londres) en platine montre une composition des diamants taillés en brillants, baguettes et marquise.

bracelet articulé, diamant, Lacloche, 1930

Lacloche, 2e génération

En s’approchant des années 40, les formes deviennent plus abstraites, l’or jaune et rose, la couleur reprennent leur droit. C’est Jacques Lacloche qui a repris la Maison et montre son goût pour le contemporain.

Ce bracelet manchette dispose de clips amovibles qui permettent d’assortir le bracelet à la couleur de la tenue de sa propriétaire. Voici les topazes, les clips existent en jade, corail et turquoise (collection privée).

D’inspiration moderniste, ce bracelet est technique (chaque maillon est articulé), et très coloré (or rose, émail, saphirs gravés et diamants). Fabrication Atelier Verger, collection privée.

bracelet moderniste, Lacloche

La montre féminine se cache encore mais dans un bracelet contemporain.

montre-bracelet Lacloche 1938

Le cadeau d’amour traverse les modes. Signé Lacloche qui montre ici la maîtrise de l’or frangé et tressé, voici la parure que Si Brahim El Glaoui, (le fils du célèbre pacha de Marrakech Thami el Mezouari el Glaoui et de sa concubine turque Lalla Kamar) offrit à l’actrice Isabelle Aubry qu’il rencontra lors du tournage de « La Rose noire » en 1949 et épousa en 1956. Elle se compose d’un collier, d’un bracelet-montre (et d’une paire de clips d’oreilles) en or rose, or jaune, cabochons d’émeraudes et diamants.

collier or frangé, Lacloche
bracelet montre frangé, Lacloche

L’histoire des joailliers Lacloche est une saga ressuscitée

Il ne reste qu’une journée pour découvrir l’exposition mais le livre de Laurence Mouillefarine, Véronique Ristelhueber et préfacé par Francis Lacloche est disponible aux éditions Norma et fera rayonner pour longtemps le nom de Lacloche.

l’histoire des joailliers Lacloche est une saga ressuscitée

Ecole des Arts Joailliers

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