Comment Chanel a détourné le tweed pour le transformer en joyaux ?

Depuis la sortie de son tailleur iconique en 1954, Chanel a inscrit le tweed dans l’univers du luxe. La « Tweed collection » gravit encore une marche dans le détournement cher à Mademoiselle et dans l’ascension vers le sommet du savoir-faire et du raffinement : la haute joaillerie. Par Chanel, le tweed est transformé en joyaux.

Si pour certaines, « tweed » n’est que synonyme du tailleur emblématique de la Maison Chanel (le tailleur gansé lancé le 5 février 1954, le rose de Jacky Kennedy, le décontracté d’Inès de la Fressange,…), ce symbole de la Parisienne et de l’élégance à la française a pourtant des racines modestes loin des catwalk et des boutiques élégantes.

Voici en 3 temps l’incroyable ascension du tweed vers la haute-joaillerie.

Du XIXe à 1954 : le tweed du vêtement de travail aux gentlemen’s farmer

Le tweed est un tissu en laine cardée (à partir du matériau brut on démêle et on aère la fibre), flexible, avec un motif sergé (un tissage caractérisé par la présence de côtes obliques sur l’endroit et l’envers).

tissage du tweed

Le nom « tweed » pourrait avoir 2 origines : soit il ferait référence à la rivière Tweed qui coule le long de la frontière écossaise où était produit ce tissu, soit il serait dû à la mauvaise lecture du mot écossais « tweels » (qui signifie sergé) par un marchand anglais vers 1830.

Toujours est-il qu’au XVIIIe siècle, en Angleterre, ce tissu était confectionné à la main par les paysans qui le portaient comme vêtement de travail parce qu’il était robuste, épais et feutré (donc isolant et imperméable).

Vers 1950, les gentlemen ont commencé à le porter en week-end, à la campagne, pour leurs activités sportives. La matière utilisée a évolué : du mouton Cheviot au Mérinos, beaucoup plus doux et confortable. L’étoffe est aussi devenue plus légère : de 600 g/m à 340 g/m. De couleurs sombres, les teintes se sont enrichies de kaki, de vert et de carreaux (rouge, orange, vert,..) pour constituer un camouflage dans les activités de chasse.

Au XXe siècle le tweed avait été adopté par la toute classe moyenne masculine comme vêtement sportif : golf, conduite automobile, escalade, tennis,… Réservé aux loisirs, le tweed ne se portait pas en ville.

affiche de sportif du XXe siècle en tweed

5 février 1954 : en lançant son tailleur Gabrielle Chanel féminise le tweed et le propulse dans les sphères du luxe

En empruntant la veste de son amant, le duc de Westminster, Gabrielle Chanel éprouve les qualités du tweed. Dès 1924, elle fait fabriquer du tweed par des usines écossaises, et commence à fabriquer des pièces destinée à la ville : manteaux et vestes. Quand l’actrice Ina Claire est photographiée en tweed Chanel, la mode est lancée !

Ina Claire en tweed Chanel
Ina Claire en tweed Chanel.
Photo: telegraph.co.uk

Dans les années 30, Gabrielle Chanel fait fabriquer son tweed en France et combine le tissage avec de la soie, du coton et même de la cellophane.

Chanel utilise désormais l’atelier de la Maison Lesage qu’elle a racheté et dont le processus de tissage unique allie jusqu’à 12 fils de chaîne (tissage vertical) pour une quantité illimitée de fils de trame (tissage horizontal) et peut inclure tous les matériaux imaginé par la Maison.

tissage tweed Chanel par Lesage
Lesage pour Chanel

Après la seconde guerre mondiale, Gabrielle Chanel décide de rouvrir sa maison de la rue Cambon et de préparer un défilé. Le 5 février 1954, perchée dans l’escalier de sa Maison, elle présente une collection de 130 créations dont son tailleur en tweed gansé. Elle a alors 70 ans et les élégantes se sont habituées au style New Look de Christian Dior. Le tailleur de tweed est l’exact opposé de cette mode. Il est court (sous le genou), pratique, donne une silhouette androgyne et conçu pour convenir de jour comme pour le soir. L’accueil français est froid, mais les élégantes américaines se l’arrachent.

Gabrielle Chanel en 1954
Gabrielle Chanel, 1954

Le tailleur est aujourd’hui iconique mais respecte encore les fondamentaux de Chanel : un deux-pièces de tweed, une veste à 4 poches gansée de couleur contrastante et décorée de boutons bijoux, avec une chainette glissée dans la ganse pour assurer un tombé parfait. En 1954, le tailleur se portait avec une blouse de soie réalisée dans le même tissus que la doublure et accompagné des indispensables souliers bicolores pour faire la jambe longue assorti du sac matelassé à chaine dorée signé des célèbres initiales entrelacées.

Défilé Chanel en 2020
Chanel défilé 2020

Janvier 2020 : Chanel fait entrer le tweed en haute joaillerie

Si Gabrielle Chanel est connue pour ses bijoux fantaisies, surtout en perle, qu’elle porte mêlées aux vraies, c’est en 1932, suite à  la crise de 1929, qu’elle crée sa première collection de haute joaillerie utilisant le diamant. A cette époque, cette collection est ressentie comme une provocation. Dans la « Tweed collection » le métal précieux forme les fils de chaîne et de trame et le diamant souligne ce mouvement.

tweed collection collier diamant

La « Tweed collection » est bien une révolution, mais celle du savoir-faire. Les pièces sont souples comme l’étoffe qui les inspire. En noir et blanc, elles s’inspirent des basiques de la Maison Chanel.

Dans ce collier parfaitement souple, la topaze impériale cache la fermeture sur le devant.

En couleur, et en rubis, le tweed version haute joaillerie relève du féminin précieux.

tweed collection collier Chanel rubis

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