Le Camélia et Chanel

Au Japon, le camélia est appelé « Tsubaki », il est l’emblème des samouraïs et le symbole du divin c’est-à-dire l’amitié, l’élégance et l’harmonie. Et il est rouge. En Chine, il s’appelle « Cha » c’est à dire l’arbre à thé et est le symbole, de la longévité, du mariage heureux, du lien amoureux, de la chance et du bonheur !

camélia fleur
camélia

Le premier européen à recenser le camelia dans son ouvrage Systema naturea est Carl von Linné un naturaliste suédois qui a posé les bases du système moderne de la nomenclature binominale.

Engelbert Kaempfer
Engelbert Kaempfer

Il a s’est inspiré d’Engelbert Kaempfer un allemand, médecin, également naturaliste et voyageur qui dans son Species plantarum a baptisé cette plante Camellia Tsubaki  puis Camellia Japonica  en l’honneur du frère jésuite Jiří Josef Camel ( dont le nom latinisé serait Camellus).

Ce monsieur était un virtuose de la botanique, père jésuite et pharmacien allemand mais il n’avait jamais vu cette fleur.

Le camélia est de famille des Theaceae, c’est donc la même famille que le thé. Mais, il y a une variété décorative et une autre alimentaire.

Alors quand au XVIIe la Compagnie des Indes, anglaise, demande aux chinois de leur procurer des graines et plants de thé pour clairement se passer de leur monopole.

Les chinois, tout aussi bons commerçants que les anglais, leur envoient des plans de camélias décoratifs. Finalement les britanniques, séduits par la beauté de cette fleur qu’ils nommeront « rose chinoise » ou « rose du Japon », la chouchouteront en la cultivant en serre et dans leur orangeraies et n’oserons la mettre en extérieur qu’en 1739.

En quoi cette fleur est particulière ? Elle ne sent pas, elle peut être rouge, rose ou blanche, et elle fleurit le plus souvent en hiver.

Elle arrive en France vers 1783. C’est Joséphine de Beauharnais, l’impératrice qui la rend célèbre. Elle achète le domaine de la Malmaison en 1798, crée une orangeraie où elle collectionne les plantes rares, et tombe amoureuse (oui je sais ça lui arrivait souvent) du Camelia. Du coup, toutes les élégantes en veulent dans leur jardin.

Pierre-Paul Prud’hon
Portrait de l’impératrice Joséphine dans le parc de Malmaison
1805-1809
Huile sur toile, 244 x 179cm
Musée du Louvre, Paris
© Rmn-Grand Palais (musée du Louvre) / Gérard Blot

Portrait de l’impératrice Joséphine dans le parc de Malmaison par Pierre-Paul Prud’hon, 1805-1809
Musée du Louvre, Paris© Rmn-Grand Palais (musée du Louvre) / Gérard Blot

Le XIXe est fou des Camélias. En 1848, Alexandre Dumas (le fils) qui en pare son héroïne Marguerite dans son roman La dame aux camélias. En 1837, l’abbé Laurent Bernard Berlèse, un botaniste horticulteur italien publie le premier ouvrage entièrement consacré à cette fleur : la Monographie du genre Camellia, ou essai sur sa culture, sa description et sa classification, puis entre 1839 et 1843, il créera une des plus belles iconographies du genre. Le 1er janvier 1888, 120 000 boutonnières de Camélias sont vendues aux halles de Paris. Une tenue de soirée devait avoir une boutonnière et se sont les Camélia Nobilissima qui les ornent. Ils venaient alors de Nantes qui était devenue la capitale du Camélia. Le Camélia représente alors la troisième vente de fleurs coupées après la Rose et le Dahlia.

Chanel coromandel

Vous l’avez deviné le port à la boutonnière implique un usage masculin. En effet à partir de Louis XV, l’habit à la française, pour les messieurs se composent l’un gilet fermé sur lequel se place un justaucorps qui lui reste ouvert. Les boutons et boutonnières sont ornementaux. Les boutonnières s’ornent alors de médailles et décoration plutôt d’ordre militaires. Ce sont les artistes et les jeunes maîtres qui utilisent des fleurs en boutonnières. Le justaucorps devient le frac et la redingote au XVIIIe. Les jeunes maîtres mutent en Muscadin à la Révolution, Incroyable au Directoire, en Lion à la Monarchie de Juillet, en Gandin au Second empire, puis en Dandies au XIXe et tous ornent de fleurs leur boutonnière. Il faudra attendre la Belle Epoque pour que la fleur à la boutonnière devienne LA touche élégante indispensable pour tous les messieurs. Mais il s’agit quand même d’un ornement de fantaisie, réservé aux promenades élégantes et aux réceptions mondaines. Les événements officiels n’admettent pas cet accessoire un peu trop artiste. En soirée, l’habit habillé est le frac noir à queue de pie et à revers de soie, assorti de sa chemise, cravate et gilet blancs, la fleur à la boutonnière est blanche : c’est au choix l’œillet, le gardénia ou le camélia. On se souvient du portrait réalisé en 1892 par Jacques-Emile Blanche où Marcel Proust est peint un camélia à la boutonnière. Pour tenir la fleur les joailliers réalisent bien sûr des bijoux spéciaux aujourd’hui oubliés.

Jacques-Emile_Blanche_Portrait_de_Marcel_Proust_1892 - il était une fois le bijou
Portrait de Marcel Proust par Jacques-Emile Blanche, 1892

Du XIXe au XXe le vêtement masculins change assez peu. Par contre le camélia est hybridé et beaucoup de variétés sont créées. Il y en a même une qui s’appelle le Nuccio’s Jewel du nom d’un producteur américain.

C’est en 1923 que Gabrielle Chanel adopte le Camelia. Comme souvent elle détourne avec bonheur le vestiaire masculin. Elle pique le camélia à sa ceinture, au col, sur son chapeau. Elle l’aime blanc, exclusivement. La Maison Chanel aime souligner que Gabrielle à 13 ans avait été fascinée par Sarah Bernhardt qui jouait le rôle principal dans « La Dame aux Camélias ». Aujourd’hui le camélia et Chanel sont indissociables.

Gabrielle Chanel portant un camélia à la ceinture
Gabrielle Chanel portant un camélia à la ceinture

Chaque collection de mode, d’accessoire et de joaillerie comporte au moins un camélia.

Comme le camélia a des pouvoirs hydratant, Chanel le décline en cosmétologie et la collection rouge allure a coloré d’écarlate son camelia. La Maison avait aussi recréé ses propres plantations de camélias blancs, situées à Caujac, au pied des Pyrénées dans une exposition à ciel ouvert au jardin des tuileries en 2019.

collection rouge allure Chanel
collection rouge Allure – Chanel

Cette année là, j’avais particulièrement admiré la collection allure 1.5 gracieusement incarnée par la danseuse parisienne Alice Renavand : il y avait 50 pièces de haute joaillerie dont 23 étaient transformables laissant la femme libre de son porté.

Les camélias étaient en pierre de lune, quartz rose, rubis et bien sûr en diamants.

Auparavant, dans la collection Coromandel, les camélias étaient stylisés et en nacre.

Et j’avoue lorgner sur la montre skeleton dont la transparence révèle un squelette… de camélia.

montre Skeleton Chanel
montre Skeleton Chanel

Si vous souhaitez entendre cette histoire voici le podcast :

précieux envol - Chanel - coromandel
précieux envol – Chanel – coromandel

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