Marie de Médicis et les bijoux

Marie de Médicis est une héritière de la puissante famille Médicis dont l’histoire commence avec Jean de Médicis, surnommé di Bicci, qui nait vers 1360 à Florence.

La puissante famille des Médicis

A l’origine Jean de Médicis est commerçant mais il a le génie des affaires et de la finance. En 1421 il devient gonfalonier de Florence c’est-à-dire le chef effectif de la République. À sa mort le 20 février 1429, 90 % de ses revenus proviennent de la banque et 10 % du commerce, et les filiales ont pris une importance bien supérieure à celle de la maison-mère. Il est le fondateur de la puissante et fameuse dynastie des Médicis de Florence.

Jean di Bicci de Médicis par Cristofano dell'Altissimo
Jean di Bicci de Médicis par Cristofano dell’Altissimo

Ses fils s’appellent Cosme et Laurent. Dans les héritiers de Cosme dit l’ancien, il y aura Catherine de Médicis, belle fille de François 1er, épouse d’Henri II de France donc Reine de France. Laurent, l’autre héritier de Jean di Bicci engendrera la lignée dont sera issue Marie de Médicis, autre reine de France, épouse d’Henri IV. Cette famille contient beaucoup de Come, de Laurent et de Jean. Par exemple celui qu’on connait le plus, Laurent le Magnifique n’est pas l’ancêtre de Marie de Médicis, mais celui de Catherine. Bref c’est une famille qui contient des gouverneurs, des papes et des cardinaux, des financiers. Toute l’âme de cette famille est dans cette ascension au pouvoir par le pouvoir de l’argent assorti d’une grande culture, d’un grand sens de l’esthétisme et de la beauté, l’ensemble apportant le goût du mécénat culturel comme on dirait aujourd’hui.

Marie de Médicis, la plus riche orpheline d’Europe

Marie est le sixième enfant de François Ier de Médicis, grand-duc de Toscane, donc arrière-arrière-arrière-petit fils de Laurent. Sa mère est Jeanne d’Autriche, archiduchesse d’Autriche, fille de Ferdinand Ier du Saint-Empire. Le 19 octobre 1587, ses parents meurent l’un après l’autre en l’espace de quelques heures. Orpheline, elle est considérée comme l’héritière la plus riche d’Europe.

Marie de Médicis enfant
Marie de Médicis enfant

Elle passe son enfance au palais Pitti. Elle reçoit une très bonne éducation : Marie apprécie particulièrement les disciplines scientifiques et notamment les sciences naturelles, elle apprend le dessin, la musique, le théâtre, la danse et la comédie et se passionne, déjà, pour les bijoux et les pierres précieuses.

Henri IV choisit Marie de Médicis

Henri IV a conquis une France écartelée entre le catholicisme et le protestantisme. Il a hérité du royaume quand son cousin Henri III, dernier des Valois, a été assassiné. Il avait épousé Marguerite la sœur d’Henri III. Et Marguerite et Henri III sont les enfants de Catherine de Médicis. Henri sera le premier des Bourbon. Pour l’instant, il a été protestant, s’est converti, a réussi à combattre les uns et les autres pour que les villes lui ouvrent leur porte, a reconquis Paris, s’est fait reconnaitre comme le roi de France et… il n’a pas d’héritier. Il divorce de Marguerite et cherche une épouse. Il n’a pas trop bonne réputation à cause de cette question de religion et surtout les pays étrangers n’ont pas trop envie d’une alliance maritale avec un pays qu’il voudrait bien annexer ou au moins grignoter.

Henri IV reçoit le portrait de Marie de Médicis  par Rubens
Henri IV reçoit le portrait de Marie de Médicis par Rubens

Pour Henri IV, Marie a toutes les qualités requises, elle est la petite-fille de l’empereur romain germanique Ferdinand Ier, ce qui permet d’assurer légitimement une descendance royale en France. Oui car en France on est snob et le pouvoir des Médicis apparait comme une noblesse trop fraichement acquise. Par ailleurs, les Médicis, en tant que banquiers sont créanciers du roi de France. La France doit 1 million de livre à la banque Médicis. Bon prince, les Médicis propose une dot de 2 millions de livres dont 1 million est payé au comptant pour effacer la dette de la France.

le couronnement Marie de Médicis par Rubens
le couronnement Marie de Médicis par Rubens

Le contrat de mariage est signé en mars 1600, les noces par procuration le 5 octobre, les époux se rencontrent le 9 décembre et passent leur nuit de noces, le mariage religieux a lieu le 17 décembre.

Marie de Médicis met au monde le dauphin Louis le 27 septembre 1601, le futur Louis XIII.

Marie de Médicis acheteuse compulsive de bijoux

Voilà chacun a rempli son contrat. Il a un héritier (en fait plus que ça car elle fera 9 enfants au total) et elle sera sacrée reine le 13 mai 1610. Sinon ils ne s’entendent pas. Marie est traitée de grosse banquière par les maitresses du roi. On la snobe à la cour. Alors elle se crée son monde, des italiens (sa conseillère, son médecin), des scientifiques, des peintres comme Rubens, des architectes, des tapissiers et des orfèvres – joailliers. Car elle adore les bijoux. Tout d’abord elle a étudié les gemmes et les connaît. Ensuite à l’époque les aristocrates hommes et femmes portent beaucoup de bijoux car les bijoux et les pierres précieuses sont des capitaux facilement transportables en cas de trouble et c’est une époque troublée (n’oublions pas qu’Henri III et Henri IV ont été assassiné).

Marie_de_Medicis_et_Louis_XIII par Charles_Martin
Marie de Médicis et Louis XIII par Charles Martin

Les principaux orfèvres-joailliers du Pont aux Changeurs sont tous ses fournisseurs.

Aujourd’hui ce pont relie l’île de la Cité depuis le Palais de Justice, la Conciergerie et le tribunal de commerce, à la rive droite au niveau du théâtre du Châtelet. Il se situe sur la limite entre les 1er et 4e arrondissements de Paris. À cette époque, les joailliers, orfèvres et changeurs (les courtiers qui changeaient la monnaie d’où est issu le nom du pont) avaient installé leurs boutiques si serrées que l’on ne voyait pas la Seine depuis le pont.

Les quittances et ordres échangés par ces orfèvres-joailliers et la reine permette de les connaitre :

Louis de la Haye, François Dujardin, Pierre Courtois, Jean Subtil, Mathieu Lescot, Claude Bourdon, Claude Couturier, Jean Chancel, Nicolas Chrestien, Paul Louvigny, Paris Turquet, Claude de Cambrai, Martin Bachelier…

Elle achète aussi dans la rue Saint-Honoré à Corneille Roger, ou à la galerie du palais chez François le Prestre. Elle fait venir des joailliers de province ou de l’étranger : Flandre, Allemagne, Angleterre, Italie, Tchéquie

Bref aucune Reine n’aura acheté autant de bijoux.

Marie de Médicis à la veille de son couronnement par Pourbus
Marie de Médicis à la veille de son couronnement par Pourbus

Et souvent elle n’honore pas ses dettes, mais elle achète tellement qu’on continue à lui proposer des bijoux. Elle va avoir de très belles perles mais sa gemme de prédilection sera le diamant.

Un jour elle achète un bracelet  de 360 000 livres avec un ovale de diamants entouré de quatre diamants, avec la devise, Titani lumina vesper  ce qui veut dire Les Titans s’illuminent le soir. Elle aime les diamants en bague, en collier, en boucle d’oreille, en breloque et croix et même en chapelet.

détail des bijoux cousus sur la robe de Marie de Médicis
détail des bijoux cousus sur la robe de Marie de Médicis

Si elle apprend que quelqu’un détient un beau diamant, elle le veut. Que le possesseur veuille vendre ne rentre pas dans ses considérations. Elle est la reine et exige par exemple que Le banquier Jean André Lumagne en 1612 lui vende le diamant qu’il possède. Elle lui propose 18 000 livres mais comme elle n’a pas les moyens de ses envies, il faudra 2 ans pour qu’il soit payé. Mais d’autres attendront bien plus. Elle s’endette tellement qu’à la mort d’Henri IV elle se fera ouvrir le trésor de la Bastille que le roi avait constitué pour recruter des armées et tenir les pays rivaux à distance, pour régler au moins une partie de ses propres dettes.

blason de Marie de Médicis aux armes de France
blason de Marie de Médicis aux armes de France

Quand le surintendant des Finances, Nicolas de Harlay sieur de Sancy, met en vente 2 diamants exceptionnels venant d’Inde, Marie ne peut résister. Le plus gros s’appelle le Grand Sancy, diamant de 54,23 carats. Mais Marie n’a pas le moindre sous. Henri IV ne veut pas s’endetter pour un bijou. C’est le roi d’Angleterre Jacques 1er qui l’obtiendra. Marie s’emballe et veut à toute force l’autre diamant, il est plus petit mais fait quand même 34,98 carats. Elle finit par l’acheter en 1604 pour la somme de 25 000 écus, 75000 livres. Pour son couronnement elle le fait sertir au sommet de sa couronne, comme on peut le voir son portrait par Frans Pourbus.

En 1630, elle est bannie du royaume. Privée de toute pension en provenance de France, elle vit d’emprunts qu’elle garantit grâce à aux bijoux avec lesquels elle est partie et elle mourra en exil à Cologne le 3 juillet 1642, ruinée.

Le beau Sancy et Marie de Médicis

C’est en 1640, qu’elle vendra le Beau Sancy au prince Frédéric-Henri d’Orange-Nassau, Stathouder des Provinces-Unies.

Celui-ci marie son fils Guillaume avec Mary Stuart, Princesse Royale, fille aînée du roi Charles Ier d’Angleterre et de Henriette Marie de France. Il offre donc le Beau Sancy à sa Mary Stuart, qui n’est autre que la propre petite-fille de Marie de Médicis. Après avoir mis au monde Guillaume III, Mary met en gage en 1659 le Beau Sancy pour financer la Restauration de son frère Charles II Stuart sur le trône d’Angleterre.

Amalia de Solms, veuve de Frédéric-Henri d’Orange-Nassau, rachète le Beau Sancy également revendiqués par la famille Stuart et marie son petit fils, Guillaume III d’Orange-Nassau avec sa cousine Marie Stuart( la fille du duc d’York), qui reçoit le Beau Sancy en cadeau de mariage.

le Beau Sancy

Le couple n’aura pas d’enfant et le Beau Sancy est transmis au prince Frédéric III de Hohenzollern qui devient en 1701 le premier roi de Prusse sous le nom de Frédéric Ier, le Beau Sancy devient la pierre la plus importante du trésor de Prusse et l’ornement principal de la couronne pendant plus de 200 ans avant d’être mis aux enchères par le prince Georges Frédéric de Prusse, le 15 mai 2012 à Genève chez Sotheby’s, où il est adjugé à un acheteur anonyme pour la somme de 9,04 millions de francs suisses.

Pour écouter cette histoire, voici le podcast :

Cet article a 2 commentaires

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