Le bijou de senteur

Il était une fois le bijou de senteur

D’abord il y eu le pomander. Vous allez me dire mais je connais, le pomander c’est une orange qu’on pique de clou de girofle pour protéger le linge contre les mites.

En fait l’histoire du pomander commence au XIIe siècle. La première mention du pomander en 1174 vient d’une lettre où l’Empereur Frédérique Barberousse remercie le roi Baudoin de Jérulamen pour son cadeau.

Le pomander est aussi appelé pomme de senteur, pomme d’ambre, ou pomandre. C’est une boule en forme de pomme composée de produits odoriférants comme l’ambre gris, la civette ou le musc. Ces senteurs étaient censées éloigner les miasmes de l’air que l’on croyait responsable des maladies. Le pomander était utilisé dans un but prophylactique notamment face aux épidémies de peste. On y mettant aussi des herbes aromatiques pour parfumer le linge de corps.

portrait Jacob Cornelisz Van Ootsanen - Pomander
portrait de Jan Gerritz van Egmond van de Dijenborg par Jacob Cornelisz Van Ootsanen-Pomander_1518

À partir du XIVe, le terme « pomander » désigne l’objet où prend place la boule odorante. Elle est constituée d’une petite cage sphérique qui s’ouvre au milieu par une charnière et un ressort.

A la Renaissance, le pomander devient aussi une véritable pièce d’orfèvrerie, ciselée en or, argent ou vermeil.

bartholomaus l'ancien - pomander
portrait de gerhard pilgrum – chapelet avec pomander – bartholomaus l’ancien- 1528

Au XVI e siècle, le pomander s’ornent d’incrustations de perles, émaux ou pierres précieuses : grenat, rubis, topaze, émeraude ou diamant. Leur forme évolue. Il se pose sur un pied support et s’ouvrent en quartiers comme une orange. Chaque quartier peut contenir une substance en pâte ou en poudre et donc un parfum différent. Vous pourrez bientôt en admirer de magnifiques au Musée de la Renaissance à Ecouan.

pomander - musée d'Ecouan

Les pomanders peuvent avoir des formes très variées : crânes, crucifix, escargots, pommes, œufs, noix ou fleurs, chacune ayant une signification symbolique et même ésotérique particulière. Transmis de génération en génération, les pomanders étaient devenus bien plus que des objets à parfumer : on leur prêtait des vertus magiques protégeant des forces du mal et de la maladie.

Pieter Claesz - pomander
vanité et pomander – 1636 – Pieter Claesz

Les grands pomanders se portent accrochés à la ceinture ou en pendentif autour du cou. Les plus petits sont reliés par une chaînette à une bague et se tiennent en permanence au creux de la main. D’autres sont petits comme des charm’s et s’accroche à un bracelet, un collier ou servent de bouton à une cape.

La fin du XVIIe, et les découvertes de la science aux prémices du siècle des Lumières tourne en dérision les pouvoirs ésotériques du pomander. Alors ils sont chargés de senteurs lourdes et entêtantes et servent d’objet de séduction.

Donc au XVIIIe le pomander disparait, mais apparaît alors la vinaigrette !

Au départ la vinaigrette est une petite bouteille, avec une petite grille, derrière laquelle est placée une éponge imbibée de vinaigre. Car depuis l’Antiquité, on utilisait le vinaigre toujours dans le but de combattre les maladies transmises par l’air ou les mauvaises odeurs. Bien sûr la vinaigrette utilisent des vinaigres aromatiques de lavande ou de colchique, ce n’est pas du balsamique comme pour la salade ! Puis les élégantes souhaitent porter sur elle leur vinaigrette.

vinaigrette

Il faut dire que la vinaigrette sert à ranimer ces dames quand elles tombent en pamoison à cause de leur corset trop serré. C’est pour cela que les vinaigrettes sont très à la mode au XVIIIe. Donc les vinaigrettes se transforment d’abord en mini fiole ou en petites boites inspirés des boites à mouches ou boites à priser puis carrément en bijoux : en pendentif, en bracelet, bagues,…. On utilise le vermeil, l’or, l’émail, les pierres fines ou précieuses.

vinaigrette

Les vinaigrettes sont différentes des flacons à sels qui contiennent un carbonate d’ammoniaque, beaucoup plus fort que le vinaigre. Comme le corset comprime plus que jamais les tailles, au point de couper la respiration au XIXe, la mode des vinaigrettes perdure. En bijou sa forme varie on trouve des mini paniers, des poissons ou des livres miniatures, elle peut même être dissimulée dans une canne, un face-à-main, une bague ou le couvercle d’une bourse de soirée ! Vous pourrez voir (après) un splendide bracelet vinaigrette de François-Désiré Froment-Meurice au musée des Arts Décoratifs.

Froment-Meurice vinaigrette MAD

Aujourd’hui on ne parle plus de pomander ni de vinaigrette mais le bijou de senteur existe ! De nombreuses marques de bijou le propose.

Naïris crée des bijoux pour femme enceinte et jeune maman et réalise des pendentifs en acier inoxydable avec un diffuseur rond en feutre. Il suffit d’y mettre quelques gouttes de votre parfum ou de vos huiles essentielles puis de le glisser à l’intérieur du pendentif.

Naïris

Toujours en acier mais pour homme, John Or, la maison en Puy de Dôme a créé un sobre pendentif ajouré contenant des mousses pour déposer le parfum, l’artisan joaillier propose également la gravure au verso.

john'or

En plaqué or, la Maison Bo, jeune marque made in France s’est fondée sur ce concept de la bijouterie olfactive : on vaporise son propre parfum (ou des huiles essentielles pour se sentir bien) sur le bijou et la pierre à l’intérieur baptisée Olfa le garde et le diffuse toute la journée. Bo est une marque engagée qui produit à Paris, limiter son empreinte carbone, respecte le savoir-faire Français. Les bijoux olfactifs sont dorés avec un vernis cataphorèse afin de protéger le bijou et la peau. Et il y a le choix de plusieurs collections de bagues, boucles d’oreilles, pendants, bracelet…

Maison Bo

Le plus couture sont les bijoux à parfumer de Kilian. La Maison de parfum créé par Kilian Hennessy s’est fondée sur le concept du parfum à 360  entre le corps et la maison. Ses parfums se déclinent en version rechargeable écologique pour la planète assortis de contenants très luxe comme les minaudières. Sa signature se retrouve dans le pompon si féminin en gland passementier, la laque noire, l’or et le K de KILIAN. Dès le début Kilian a conçu des bijoux parfumables où ses parfums pouvait se porter en continue grâce à une céramique intégrée. En 2017, pour les 10 ans de la marque, il s’est allié avec Elie Top, le créateur de Haute Joaillerie, pour une collection de bijoux couture appelée Scented Shield.

kilian

Le plus joailler, c’est le pendentif « Nuage » d’Antoine Chapoutot. En or pur blanc ou jaune, c’est un support pendentif moderne et épuré contenant une boule de feutre dont on peut choisir la couleur. Le feutre exhale très longtemps le parfum et les couleurs pop donnent un porté très actuel en permettant de l’assortir à l’humeur ou la tenue.

Antoine Chapoutot

Enfin en haute joaillerie chez John Rubel, la fiole façon vinaigrette est en or blanc ou jaune. Le bijou s’appelle Amélia en hommage à la célèbre aviatrice Amélia Earhart il est monté en sautoir et  comporte en version or jaune une pluie d’étoiles en diamants blancs et bruns avec un fermoir en perle Akoya. Et en version or blanc, la voûte céleste est créée par des saphirs et le fermoir par une turquoise.

pendentif Amélie John Rubel

Voilà, à vous maintenant de choisir votre bijou de senteur, une délicate façon de dire « Suivez-moi jeune homme », à 1 mètre bien sûr.

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