Les oeufs de Fabergé

C’est Pâques et on va s’offrir des œufs, en chocolat probablement. D’où vient cette coutume ?

Comme le printemps correspond à l’éclosion de la nature, l’oeuf, représente la vie et la renaissance. Au printemps, les Égyptiens et les Perses avaient pour habitude de teindre des oeufs et de les offrir pour symboliser le renouveau de la vie. Dans l’antiquité gauloise, les druides teignaient les oeufs en rouge en l’honneur du soleil. Pour les Juifs, l’oeuf est le symbole de la vie mais aussi de la mort. A Pessa’h les Juifs trempent un oeuf dans de l’eau salée en souvenir de toutes les larmes versées suite à la perte de leur indépendance. Traditionnellement pour les orthodoxes, la décoration des œufs de Pâques commence le Jeudi saint. Le premier œuf peint en rouge vif doit avoir été pondu le Jeudi saint et il est conservé comme porte bonheur.  Dans la religion chrétienne, Pâques est précédé du carême pendant lequel on ne devait pas consommer de nourriture riche, donc on ne mangeait pas les œufs. Comme on ne pouvait empêcher les poules de pondre, on conservait tous les œufs jusqu’à la fête de Pâques. Louis XIV fait de l’oeuf décoré de Pâques une institution. D’une part, ses gens devaient lui apporter le plus gros oeuf pondu en son royaume durant la Semaine Sainte et, lui-même, le jour de Pâques distribuait en personne des oeufs peints à la feuille d’or à ses courtisans aussi bien qu’au peuple. Fin XIXe les Allemands ont l’idée de remplacer les œufs de poule par ceux en chocolat et l’ère industrielle qui associe cadeaux et commerce pérennise cette habitude.

Quid de Fabergé ?

Pierre-Karl Fabergé est né le 30 mai 1846 à Saint-Pétersbourg en Russie. Son grand père vient de Picardie, son père d’une famille protestante allemande de la Baltique. La famille émigre d’abord vers l’Allemagne après la révocation de l’Edit de Nantes, puis vers la province balte de Livonie qui fait alors partie de la Russie impériale et enfin ils arrivent à Saint-Pétersbourg en 1830.

Pierre-Karl Fabergé

Son père Gustave est joaillier. La famille est relativement aisée et Pierre-Karl a une éducation soignée, il entre à l’Ecole des Arts et Métiers, puis réalise un grand tour d’Europe de 1864 à 1872 et se forme auprès d’orfèvres européens reconnus. Il prend les rennes de la Maison Fabergé en 1870. Hiskias Pendin, le chef d’atelier de la Maison, l’épaule. Il est déjà agréé pour la réparation et la restauration des objets de l’Ermitage, le plus grand musée du monde en termes d’objets exposés, qui a été fondé en 1764. Pierre-Karl Fabergé reçoit en 1882, le titre de maître orfèvre, qui lui permet d’utiliser son propre poinçon en plus de celui de l’entreprise. La réputation de la Maison est telle qu’on le dispense des examens habituels. Puis son frère, Agathon, le rejoint. C’est aussi un créateur talentueux.

A l’exposition pan-russe de Moscou en 1882, Pierre-Karl reçoit la médaille d’or de l’Exposition et la médaille de Saint-Stanislas. Bien sûr, il est remarqué par Alexandre III qui lui commande des boutons de manchettes en forme de cigales et fait exposer les pièces médaillées de la Maison Fabergé à l’Ermitage comme des exemples superbes de l’artisanat russe contemporain. En 1884, Alexandre III lui accorde le privilège d’être le fournisseur de la Cour impériale.

Alexandre III

Comme je l’ai dit la tradition de s’offrir des œufs décorés chez les orthodoxes existait déjà. Le tsar Alexandre III aimait sa femme Maria Fedorovna. En fait elle s’appelait Marie Sophie Frédérique Dagmar de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Glucksbourg, princesse Dagmar de Danemark.

Comme elle était luthérienne, elle a du se convertir pour devenir orthodoxe et c’est pour cela que son nouveau prénom est Marie et que son patronyme devient Fedorovna ou Féodorovna suivant les traductions. Bien sûr leur mariage était arrangé et comme d’habitude on n’avait pas demandé son avis à la mariée. Elle est jolie, le peuple l’aime, elle consacre son temps à sa famille, des œuvres de charité et à la vie mondaine et culturelle. Bref elle est parfaite. Mais elle souffre un peu de solitude et de dépression. Alors le tsar commande pour elle à Fabergé un bijou en forme d’œuf de Pâques. Et Fabergé va présenter dans un écrin bleu roi, un œuf en or émaillé de blanc qui montre un jaune d’œuf en or jaune, lequel contient une poule dont les ailes articulées, s’ouvrent sur une couronne impériale qui elle-même contient une bague en rubis et diamants. Marie tombe instantanément sous le charme de cet œuf d’or particulièrement exquis. Alexandre III commande tout de suite à Fabergé de préparer un œuf pour l’année suivante. Et la tradition russe d’offrir des œufs en joyaux aux femmes et mères aristocrates est lancée.

Marie Fedorovna

Fabergé a une totale liberté pour créer les œufs de pâques impériaux. Le tsar lui-même ne savait pas quelle forme ils allaient prendre : la seule obligation était que chacun devait contenir une « surprise » rappelant l’histoire de la famille impériale. Aussi chaque fois, Fabergé se surpasse et les dessins et modèles deviennent plus complexes. Il a su s’entourer d’une équipe d’artisan au savoir faire d’excellence comme Michael Perkhin, Henrik Wigström et Erik August Kollin.

Il utilise en priorité des pierres fines de l’Oural, la néphrite (sorte de jade vert), la bowénite (pierre vert clair à blanc), la rhodonite (rouge marbré de noir), mais également, entre autres, le cristal de roche et l’agate ; Il utilise de l’or de quatre couleurs :jaune, blanc, rose et vert Le frère cadet de l’empereur Nicolas II. Les émaux sont souvent guillochés  c’est –à-dire ornés de lignes et de traits ondés qui s’entrelacent ou se croisent avec symétrie Il diversifie ses styles et réinvente du rococo, du louis XVI, et un peu d’art nouveau .Ces oeufs évoquent l’art de vivre de la dynastie des Romanov .

Voici les Œufs offerts par le tsar Alexandre III à sa femme l’impératrice Maria Fedorovna

En 1885, l’œuf à la poule est le Premier œuf créé par Fabergé

oeuf à l a poule Fabergé

En 1886 œuf à la poule dans un panier (disparu)

En 1887 le 3e œuf impérial contient une montre Vacheron Constantin, disparu en 1964, l’oeuf avait été vu pour la dernière fois en mars 1902 dans le cadre d’une exposition de la collection Fabergé de la famille impériale russe à Saint-Pétersbourg. Il avait ensuite été confisqué lors de la révolution russe et, en 1922, avait été répertorié à Moscou comme un trésor à vendre. Il sera retrouvé en 2014 chez un ferrailleur du Midwest américain qui avait acheté un oeuf en or sur un marché aux puces et désespérait de le revendre 

En 1888 l’ange avec un œuf dans son chariot (disparu)

En 1889 « l’œuf nécessaire »  qui contient une petit bouteille et même des ciseaux miniatures

oeuf nécessaire fabergé

En 1890 œuf au palais danois : en émail transparent rose mauve L’œuf s’ouvre pour révéler un panneau-accordéon de dix tableaux miniatures montrant les dix résidences impériales dans lesquelles la tsarine aime séjourner

oeuf au palais Danois

En 1891 Œuf au Pamyat Azova c’est un œuf en héliotrope, qui cache Le croiseur cuirassé Mémoire d’Azov posé sur une mer d’aigue-marine

oeuf au Pamyat Azova

En 1892 Œuf au treillis de diamants, qui contient un éléphant automate en ivoire avec diamant et rubis lequel sera retrouvé en 2015 par hasard dans les collections d’art de la famille royale britannique.

En 1893 l’œuf du Caucase représente les paysages du Caucase et a comme surprise une miniature du Grand Duc Georges, le frère cadet de l’empereur Nicolas II à 22 ans en uniforme.

oeuf du Caucase

En 1894 l’œuf Régence, dit aussi l’Œuf Renaissance. Dernier œuf offert par Alexandre III à sa femme, il est en onyx blanc, émail, diamants et rubis. Deux têtes de lions en or forment les poignées. On n’a pas retrouvé la surprise qui aurait été l’œuf de la Résurrection ou une petite statue du Christ

oeuf régence Fabergé

À la mort d’Alexandre III en octobre 1894, son fils, Nicolas II, continue la tradition et commande chaque année deux œufs à Fabergé, l’un pour sa jeune épouse, Alexandra Fedorovna, et l’autre pour sa mère Maria Fedorovna.

Alexandra Fedorovna

En tout 52 œufs impériaux ont été réalisés, dont 2 prévus pour 1918, les œufs Constellation et Bouleau de Carélie, qui n’ont pas été présentés aux impératrices à cause de la Révolution bolchevik de 1917.  D’autres œufs existent : 7 commandés par la famille Kelch, 1 pour la famille Youssoupov,1 pour la famille Rothschild, 1 pour la Duchesse de Marlborough et peut être quelques autres pour des grandes famille fortunées mais leur identité reste anonyme.

oeuf bouleau de carélie fabergé
oeuf bouleau de Carélie

Les ateliers Fabergé sont nationalisés et convertis en fabriques d’armes, la famille Fabergé se réfugie en Suisse. Pierre-Karl quitte la Russie en septembre 1918 et meurt deux ans plus tard à Lausanne, en Suisse. Il est inhumé au cimetière du Grand Jas de Cannes en France.

En Russie, une partie de la collection des œufs impériaux est vendue à l’étranger afin d’obtenir des devises mais 24 œufs sont placés dans le palais des Armures. Puis en 1927, Staline en vend 14, n’en laissant ainsi que 10 au Kremlin. Aujourd’hui 7 sont encore portés disparus qui alimentent les recherches des collectionneurs et les passions des artistes.

octopussy

Par exemple au cinéma, James Bond récupère un œuf Fabergé dans Octopussy en 1983 et pas moins de 8 autres films en font mention jusqu’au Game Night de 2018. Les séries ne sont pas en reste, dans « Peanky Blinders » dans l’épisode 5 de la saison 3, un des œufs apparaît en guise de prix à payer de la part de riches russes pour les « services » des Peaky Blinders ou plus récemment en 2020 dans « Legends of tomorrow ».

En 2007, le nom Fabergé est racheté avec l’accord de Tatiana, l’arrière-petite-fille de Pierre-Karl,. L’artiste joaillier français Frédéric Zaavy est directeur artistique et préserve l’esprit du fondateur. En 2010, s’ouvre la première boutique Fabergé, à Genève, pour une présentation de cent créations de haute joaillerie, sans oeuf !

En 2012, la Maison Fabergé organise à Londres une grande chasse à l’œuf de 40 jours et 40 nuits, la plus grande au monde. Le but trouver les 200 œufs Fabergés de 75 cm de haut, relookés par des designers comme Vivienne Westwood. Et tenter de remporter l’œuf du jubilé, créé spécialement en l’honneur du jubilé de diamant de la reine Elisabeth II (elle les adore et en a déjà 3).

Il comporte 60 pierres précieuses, comme les années de règne de la reine d’Angleterre est composé de 500 grammes d’or rose et s’inspiré par la collection Matelassée. Le but de la chasse aux œufs est de récolter des fonds pour 2 associations Action for Children, et Eléphants For Family.

Enfin le 25 février 2015 Fabergé dévoile son premier oeuf impérial en 99 ans à l’occasion d’une exposition de joaillerie à Doha. Appelé « Oeuf de perle Fabergé », il est incrusté de 139 perles fines et 3.300 diamants. 20 artisans ont réalisé en 18 mois l’œuf estimé à 2 millions d’euros.

oeuf de perle de Fabergé

Si vous voulez vous offrir un œuf Fabergé, la Maison crée quelque fois des collections de 3 ou 4 pièces mais les collectionneurs se les arrachent.

Sinon vous pouvez allez simplement les admirer. Il y a quelques pièces au Musée des beaux-arts de Virginie, au Walters Art Museum et au HillWood Museum. Et il y a aussi 2 musées Fabergé : 1 à de Baden-Baden et 1 autre à Saint-Pétersbourg.

si vous souhaitez entendre cette histoire, voilà le podcast :

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