Jean Vendome, artiste joaillier

C’est avec ce titre tout simple « Jean vendome, artiste joaillier » que l’Ecole des Arts Joailliers signe l’exposition (jusqu’au 18 décembre) de ce personnage hors du commun qui a révolutionné la joaillerie et inspire encore les créateurs d’aujourd’hui.

affiche de l'exposition Jean Vendome, artiste joaillier à L'Ecole des Arts joailliers
affiche de l’exposition Jean Vendome, artiste joaillier à L’Ecole des Arts joailliers

Sophie Lefèvre raconte Jean Vendome

Comme j’ai eu le plaisir d’interviewer Sophie Lefèvre, la commissaire scientifique de cette exposition, je vous laisse écouter le podcast :

Né en 1930, Ohan Tuhdarian entre en apprentissage dans l’atelier de son oncle joaillier à 13 ans. A 18 ans, il ouvre sa propre joaillerie. Il est aussi appelé au service militaire. Qu’à cela ne tienne, il demande à sa sœur de s’occuper de la boutique et revient dès qu’il en a la permission pour s’occuper des commandes.

Jean Vendome, pince de crabe et lapis lazuli
Jean Vendome, pince de crabe et lapis lazuli

Il en profite pour  apprendre la joaillerie auprès de Dina Level à l’Institut national de Gemmologie de Paris et épingle ses dessins sur les murs de sa chambre militaire à Orléans. Le directeur de l’Ecole des Beaux Arts voit ces dessins alors qu’il rend une visite au général et il convainc ce dernier de laisser le jeune homme suivre des cours dans son établissement.

Jean Vendome, bague S, 1966, or blanc, diamants et aigue-marine. Collection privée. Photo Benjamin Chelly.
Jean Vendome, bague S, 1966, or blanc, diamants et aigue-marine. Collection privée. Photo Benjamin Chelly.

C’est de ces influences que vient son trait précis jusqu’à l’épure, son amour des pierres insolites et brutes et son goût pour la sculpture du bijou.

Jean Vendome, bague-pendentif, 2002, or blanc, or jaune, diamants, quartz rutilé étoilé. Collection privée. Photo Benjamin Chelly. Il
Jean Vendome, bague-pendentif, 2002, or blanc, or jaune, diamants, quartz rutilé étoilé. Collection privée. Photo Benjamin Chelly.

L’amour des pierres brutes et des matières organiques

En 1956, il souhaite créer un bijou pour sa future épouse. Comme il manque de moyen pour des diamants, il prend dans son aquarium les béryls, tourmalines et autres pierres fines qui à cette époque ne valaient rien. Il lui crée un broche qu’il appellera avec humour « Mal pavée ». A partir de ce moment, les pierres fines brutes en cristaux et les matières organiques (des perles aux tourteaux) entrent en force dans sa joaillerie.

Jean Vendome, broche Mal Pavée, 1955, or blanc, tourmalines, béryls. Collection privée. Photo B Chelly. Il était une fois le bijou
Jean Vendome, broche Mal Pavée, 1955, or blanc, tourmalines, béryls. Collection privée. Photo B Chelly

Dans ces années soixante, il s’est attiré la clientèle des Grandes Maisons et investit pour pouvoir exposer au Bijorhca, le salon incontournable de la joaillerie. Il appelle son stand « Vendome ». Dénoncé par un confère, son stand menace d’être fermé sur le champ par un huissier. Ohan lui raconte sa vision joaillière et lui montre ses bijoux, alors l’huissier lui conseille de rajouter son prénom et de déposer la marque. La Maison Jean Vendome est née.

Jean Vendome, bague Tour, 1956, or jaune, citrines. Collection privée. Photo Benjamin Chelly.
Jean Vendome, bague Tour, 1956, or jaune, citrines. Collection privée. Photo Benjamin Chelly

C’est un forçat du travail. Il ne s’arrête jamais. Il dessine tous les soirs jusqu’à ce atteindre ce qu’il estime être la perfection. Il réalise chacune de ses pièces et chaque bijou est unique, on estime à 30 000 joyaux son extraordinaire production.

Jean Vendome, broche Nocturne, vers 1977, or blanc, platine, diamants. Collection privée. Photo Chelly
Jean Vendome, broche Nocturne, vers 1977, or blanc, platine, diamants. Collection privée. Photo Chelly

L’artiste joaillier et les artistes de son temps

Les artistes sont attirés par son art, comme il est attiré par le leur qui lui ouvre de nouveau champ de recherche joaillière. Jean Cocteau, Paul-Emile Victor, Vassarely,… tous lui inspirent des bijoux.

Jean Vendome, broche Magritte, 1980, or jaune et agate. Collection privée. Photo Benjamin Chelly.
Jean Vendome, broche Magritte, 1980, or jaune et agate. Collection privée. Photo Benjamin Chelly.

Mais la rencontre qui le marquera sera celle de Roger Caillois. Quand l’académicien cherche a faire réaliser son épée, Dina Level et Henri-Jean Schubnel (directeur de la galerie de minéralogie du Muséum national d’Histoire naturelle, lui donne un seul nom : Jean Vendome. Roger Caillois va à la boutique, regarde longuement les bijoux exposés et déclare : « vous ferez mon épée d’académicien ». Ce sera le début d’une longue amitié.

Jean Vendome, épée de Roger Caillois, 1971. Lyon, Musée des Confluences. Photo B. Chelly
Jean Vendome, épée de Roger Caillois, 1971. Lyon, Musée des Confluences. Photo B. Chelly

Prêtée par la Musée des Confluences de Lyon, cette épée est au cœur de l’exposition à l’Ecole des Arts joailliers. Ces épées honorifiques sont un défi pour le joaillier ou l’orfèvre : elles doivent témoigner de l’œuvre comme de la personnalité de l’académicien.  Cette recherche de symbole dans la création joaillière est parfaitement maitrisée par Jean Vendome. Après celle de Roger Caillois, il en fera 8 autres entre 1971 et 2000 (Julien Green, Maurice Schumann, Henri Amouroux, Guillaume Guindey, Robert Marjolin, Lucien Israël, Michel Folliasson, René de Obaldia).

Jean Vendome, épée de Roger Caillois, 1971. Lyon, Musée des Confluences. Photo B. Chelly
Jean Vendome, épée de Roger Caillois, 1971. Lyon, Musée des Confluences. Photo B. Chelly

L’inventeur de la joaillerie contemporaine

Jean Vendome a explosé tous les codes et inventé une joaillerie tellement novatrice qu’elle est intemporelle dans sa singularité. Inspiratrice pour les artistes, elle l’est aussi pour nous tous dans cette période où toutes les certitudes s’effacent devant une seule : innover, inventer et dessiner les contours d’un autre possible.

Jean Vendome, bague Ferret, 1984, or jaune et tourmalines.Collection privée. Photo Benjamin Chelly. Il était une fois le bijou
Jean Vendome, bague Ferret, 1984, or jaune et tourmalines.Collection privée. Photo Benjamin Chelly

C’est ce que montre l’exposition de l’Ecole des Arts joailliers. Mais vous pouvez aussi voir l’arbre aux tourmalines de Jean Vendome à l’exposition « Pierres Précieuses » au Muséum national d’Histoire naturelle.

Jean Vendome, arbre aux tourmalines
Jean Vendome, arbre aux tourmalines

Et il y a aussi la Galerie Martel-Grenier dont l’exposition » Jean Vendome, le chant du minéral » termine ces jours-ci.

affiche de l'exposition de la Galerie Martel-Greiner
affiche de l’exposition de la Galerie Martel-Greiner

Vous pourrez alors vous faire le plaisir d’essayer et de porter ces pièces magnifiques.

Il ne reste que quelques jours pour y faire un détour.

L’Ecole des Arts joailliers
31 Rue Danielle Casanova, 75001 Paris
Exposition « Jean Vendome, artiste joaillier », entrée libre, jusqu’au 18 décembre 2020

Museum national d’Histoire naturelle
57 Rue Cuvier, 75005 Paris
Exposition « Pierres Précieuses », jusqu’au 14 juin 2021

Galerie Martel – Greiner
3, rue de Lille 75007 Paris
Exposition « Jean Vendome, le chant du minéral » jusqu’au 31 octobre 2020

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