Le sertissage : le mystère de la tenue des pierres

Vous êtes vous déjà demandez comment tenaient les gemmes sur vos bijoux ? Ou vous êtes vous désolé un jour parce qu’une pierre manquait sur le bijou que votre aïeul vous avait transmis ? Ou questionnez, quand on vous a répondu que la mise à taille risquait de fragiliser la tenue de la pierre ?

Dans tout cela il est question d’un savoir faire particulier : le sertissage

La définition est simple : le sertissage est ce qui permet de faire tenir une pierre dans le métal sans aucun ajout, sans colle par exemple. Et comme d’habitude ce savoir faire est complexe et délicat.

bague renaissance
bague renaissance

Dans le processus de création du bijou, je vous ai parlé du gouaché, puis de la cire, puis de la fonte de précision . Aujourd’hui je vous emmène découvrir le secret de la tenue des gemmes c’est-à-dire le sertissage.

Le sertissage date de l’antiquité et les égyptiens par exemple ont laissé de nombreux bijoux sertis. L’objectif est alors de mettre de la couleur sur le métal. Mais à l’époque le travail du métal reste la priorité et l’objet de tous les soins. Ce qui permet d’ailleurs l’invention de nombreuses techniques.

En France au Moyen Age on voit déjà sur les dessins que l’on a retrouvé de la couronne de Saint Louis et qui date du XIIIe, différents types de sertis : au moins le clos et le griffe. A ce moment le sertissage est le travail de l’orfèvre qui est aussi joaillier.

couronne du Saint Empire
couronne du Saint Empire

Ce qui va changer et faire du sertissage un métier à part est le résultat de l’évolution de la taille des gemmes. Car à partir du moment où on saura tailler les pierres précieuses et les pierres fines, le joaillier va s’attacher à mettre en valeur le plus possible les gemmes pour valoriser leur transparence, leur couleur et leur feux. Il faudra donc inventer des façons de faire tenir solidement les pierres précieuses et fines, quelque soit leur forme et leur grosseur, en faisant en sorte que les fixations ne se voit pas.

Et vous devinez tout de suite que le problème se complexifie quand il s’agit de mettre cote à cote plusieurs pierres. Si vous avez un bijou avec une pierre centrale et un pavage autour, regardez-le de plus près, vous avez l’impression qu’il n’y a que des gemmes ! C’est le miracle du serti.

Comment fait le sertisseur ?

Tout d’abord il va sécuriser le bijou. Il faut bien comprendre que sertir une pierre consiste en quelque sorte à l’encastrer dans le métal, aussi le sertisseur exerce des pressions importantes. Il ne peut pas prendre le risque de déformer la structure. Alors il englobe le bijou dans un ciment spécial pour sertisseur. Ce ciment se présente comme une sorte de brique qui fond très facilement quand on le chauffe à la flamme avec une lampe à alcool spéciale. Le sertisseur va englober le bijou ou la partie du bijou qui est à sertir pour ne laisser apparaitre que la zone qui le concerne. La première fois qu’on voit le procédé ça surprend : on distingue une sorte de boule moche plutôt marron plantée sur un manche et quelque fois on n’arrive pas à comprendre la pièce qui est dedans. C’est parce que certains bijoux complexes sont séparés en plusieurs parties pour que justement le sertisseur puisse bien faire son travail et parer de pierres toutes les parties prévues qui seront ensuite rassemblées par le joaillier. Bien entendu quand toutes les gemmes sont bien serties, le sertisseur fait fondre le ciment, nettoie le bijou et il apparait enfin dans toute sa splendeur.

le bijou dans son ciment
le bijou dans son ciment – bague Boa constrictor – photo Yoann L’Hostellier

Quelque soit le type de serti, le joaillier a indiqué l’emplacement voulu pour les pierres mais bien sûr à ce moment là, la pierre ne peut pas rentrer dans le métal, elle n’a pas de place. Le sertisseur va donc devoir lui créer son nid. Il va creuser avec des fraises boules, repousser le métal avec des échoppes jusqu’à ce que la pierre soit à la bonne place. Et la bonne place c’est quand on aperçoit la table de la pierre et le feuilleti. La table c’est la surface du dessus de la pierre et le feuilleti c’est la jonction entre les bords de cette table et les bords pointus qui sont sous la pierre en forme un peu de pyramide inversée.

serti Jonathan Bauché- bague BOA
serti Jonathan Bauché- bague BOA – photo Yoann L’Hostellier

Quand le sertisseur crée peu à peu la place de la gemme il dit qu’il « descend » la pierre puisqu’il lui fait de l’espace jusqu’au niveau nécessaire. Le bon niveau c’est quand, en regardant de profil, la table de la pierre arrive au même niveau que le métal.

Quand la pierre est enfin bien placée il faut rendre l’ensemble joli. Car le sertisseur ne coupe pas le métal, il se sert de la souplesse du métal pour le pousser, alors quand la pierre est en place il y a du métal tout autour et le sertisseur va lui donner la forme qu’il souhaite en gardant à l’esprit qu’il faut un maintien solide pour un minimum de métal visible.

Les différents sertis

Par exemple il va séparer le métal pour créer des grains qui vont maintenir la pierre sans presque se voir. Le serti grain est très souvent utilisé surtout quand il y a beaucoup de pierres les unes à cotés des autres et qu’il n’y a pas le même espace entre les pierres. Le sertisseur va pouvoir faire des sertis à 6, 4 et même 2 grains. Certaines Maisons de la place Vendôme comme Van Cleef & Arpels sont connues pour leur exigence en matière de valorisation de la pierre. Le sertisseur réalise l’impossible pour que la pierre donne l’impression de tenir par magie.

serti grain Jonathan Bauché
serti grain Jonathan Bauché

Le serti clos est une autre technique. On enfonce la pierre comme dans un tuyau, on martèle pour que la pierre arrive au bord du métal puis on rabat ensuite le métal tout autour et on le travaille pour lui donner le fini voulu, plus plat ou plus arrondi suivant le style du bijou. Comme la force exercée sur la pierre est dense, l’objectif est de ne pas transformer la forme pour par exemple qu’un rond ne devienne pas une patate. C’est le serti où il y a le plus de métal autour de la pierre. Et c’est aussi la deuxième technique qu’apprend un sertisseur.

différents sertis : grains, clos, griffe - Jonathan Bauché
différents sertis : grains, clos, griffe – Jonathan Bauché

Le serti griffe demande un niveau supérieur de compétence. La pierre est posée sur une fine armature d’où se dresse des « châtons » on dirait des poteaux de forme triangulaire, ou rectangulaire mais aussi carré ou ronde. Le but est de faire descendre la pierre et de l’ajuster de façon à ce qu’il n’y ait plus d’espace pour que la pierre soit à sa place. Ensuite le sertisseur va enlever la pierre pour façonner les griffes sans la blesser, puis va replacer la pierre, marteler pour bien ajuster, avant de rabattre les griffes. L’ajustage doit bien sûr être parfait mais le fini donné aux griffes est important. On peut les faire en bec d’aigle, en boule, en cornière, en triangle. On peut aussi faire des griffes différentes suivant la forme de la pierre par exemple sur une poire on peut mettre des griffes identiques de chaque côté de l’arrondi ou alors des griffes vers le bas rond de la forme et une cornière sur la pointe.

serti griffe Jonathan Bauché
serti griffe Jonathan Bauché

Encore plus difficile : le serti cloisonné que l’on appelle aussi serti baguette, parce que c’est souvent des pierres taillées en baguettes que l’on place ainsi les unes à cotés des autres encastrées dans le métal comme entre 2 murs. Le souci est d’arriver à ce que toutes les pierres aient le même aplomb sans espace ni entre elles, ni entre les bandes de métal, ni aux extrémités. Or il faut les positionner une à une pour qu’il y ait le moins de frottement entre les pierres afin de ne pas les abimer. Quand la ligne de pierres doit s’inscrire dans une ligne courbe la difficulté se renforce car les pierres taillées en biais ont des arêtes très fragiles.

serti grain et baguette Jonathan Bauché
serti grain et baguette Jonathan Bauché

Ces 4 sertis sont les plus courants. Mais il existe encore tellement de formes de serti, car les sertisseurs peuvent imaginer de travailler le métal de différentes façons, pour l’instant toutes les nouvelles façons sont appelées « micro-serti » ou « serti fantaisie ».

Vous allez me dire que je n’ai pas parlé du serti mystérieux inventé par Van Cleef & Arpels. Et bien figurer vous que celui là n’est pas du ressort du sertisseur. Le principe est de prendre des pierres de même taille souvent carrées et de les faire glisser comme des wagons sur des rails. C’est donc, pour simplifier, le joaillier qui crée les rails et le diamantaire ou le lapidaire qui creuse les pierres pour qu’elles glissent sur les rails.

Un bon sertisseur ?

Un sertisseur peut faire tous les types de serti ou se spécialiser dans un seul, il peut préférer les formes géométriques où la minutie et l’exactitude prime, ou bien se sentir plus à l’aise dans les formes sinueuses dont la complexité est de savoir comment atteindre l’endroit qui doit être empierré et réaliser le serti. Par exemple imaginez-vous en train de devoir sertir les petites pointes des oreilles de la panthère de Cartier, hein ! Ce que le sertisseur aime c’est que son travail arrivant à la fin du processus de fabrication du bijou, il voit la pièce quasi réalisée et mesure ainsi son travail. Ce qui est compliqué c’est que justement il est atteint de plein fouet par les délais de rendu du bijou qui sont souvent raccourci pour lui, si le joaillier a eu à résoudre des problèmes techniques sur une pièce complexe.

Jonathan Bauché sertisseur
Jonathan Bauché sertisseur- photo Yoann L’Hostellier

Le sertisseur est rémunéré au nombre de pierres serties, il doit donc savoir travailler vite tout en étant parfait : hors de questions d’abimer une pierre même si l’opale peut être rayée par un coup d’ongle et qu’il faut l’enfoncer dans son châton, hors de question qu’une pierre se détache de sa monture, hors de question de voir la lumière passer entre 2 pierre baguettes !

Je remercie chaleureusement Jonathan Bauché, sertisseur passionné qui travaille dans un atelier pour la place Vendôme et qui a notamment serti la bague de désamour Boa Constrictor créé par Frédéric Mané d’avoir pris beaucoup de temps pour m’expliquer les secrets du métier de sertisseur et de m’avoir fait partager la passion de son métier.

bague Boa Constrictor
Bague Boa constrictor – L’orchestre joaillier- photo Yoann L’Hostellier

Maintenant je vous invite à ouvrir votre boite à bijoux et à les regarder de près. Essayer d’identifier les différents sertis et indiquez moi ceux que vous trouverez.

Le podcast c’est ici :

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